16.7.07

Corps et Pouvoir


1- Le Corps dans les espaces du Pouvoir :

Le corps de Damien a été déchiqueté en plein public, et sous le patronage du souverain. Cela parait insensé à première vue puisqu’on assiste ici à un crime où tout le monde participe, mais ce n’est pas le cas pour ceux qui ont exécuté Damien, il s’agit pour eux d’un exercice du Pouvoir, un rituel qui assure leur cohérence au sein d’un corps qui est celui du souverain.

L’exécution n’avait rien de barbare, elle signifiait autre chose : La façon dont les gens concevaient le Pouvoir et l’exerçaient. Mais surtout elle tient à enrichir le corps du souverain comme étant lui-même qui a été agressé dans le crime commis par quiconque. Ce n’est pas l’intérêt public qui a été touché, mais le souverain, puisque ces citoyens sont tout simplement des sujets du monarque. La punition doit être très sauvage et publique en même temps pour revendiquer la victoire du souverain et témoigner de son acte. Or cette victoire contre le corps du criminel, doit être en tapage et en rituel impressionnant pour donner l’image féroce et redoutable du souverain. La punition et son exercice font partie intégrante de la conception du Pouvoir dans cette culture où s’oppose inversement le corps du souverain avec celui du criminel.

Mais cette conception ne pouvait plus durer, elle a disparu au profit d’un autre discours, plus habile, plus féroce, celui où on met le criminel dans un espace serré pour le mettre sous surveillance et surtout le contrôler, l’assujettir et l’investir. On a plus besoin de supplice, mais on a besoin de traverser le corps de l’individu, le rendre docile et producteur. Et pour cela il faut viser ce corps pour accéder à l’âme qui est la vraie prison du corps, cela n’a rien à voir avec l’âme des religions. L’âme est l’outil par lequel on atteint le but : l’assujettissement des individus.

La prison est devenue ce lieu où on corrige les déviations puisque le crime n’est pas une chose acceptée par la société, elle est ce positionnement hors des normes tolérées par l’espace du pouvoir. Le corps de ces auteurs qui portent la déviation doit être objet de correction, et surtout de redressement, c’est un corps qui doit avouer la justice et se désavouer lui-même !

Or les déviations sont plusieurs, et ne sont pas forcément objet d’une punition directe, elles marquent une autre atteinte à l’acceptable, au toléré, comme par exemple : la maladie, l’incapacité de travailler, l’enfance, la pauvreté…alors ce sont d’autres mesures qui sont mises en œuvre pour corriger et investir les individus : l’école, les casernes, l’hôpital, les maisons de retraite. A partir de ce fait, c'est-à-dire la variation de la déviation, cette culture doit créer ces formes de prison adaptée à ces gens qui vont déranger la production, le fonctionnement de toute la société. Mais dans tous les cas, il s’agit de surveiller ces corps et les punir dans des lieux terriblement fondés et adaptés à chacun des cas.

Aucune forme d’oisiveté n’est tolérée dans cette société, l’oisiveté est condamnée discrètement, elle doit être quadrillée pour être bien surveillée et punie, c'est-à-dire traitée selon son cas et sa manifestation. Et puisque toute personne porte un certain degré et dose d’oisiveté, ou tend de tomber dans l’oisiveté ; alors toute personne doit être surveillée et mise dans un espace précis et bien calculé, à partir de là, notre société contemporaine a créé plusieurs espaces pour maintenir sa vigilance et son maintien de l’investissement de ces milliers de corps, chacun portant sa propre déviation.

Le propre de notre société contemporaine, c’est qu’il a divisé, partagé et nommé les espaces et leur a accordé, y a distribué les corps de façon à ce que nul individu ne peut échappé au quadrillage et à la surveillance, et nul ne peut échapper à ce contrôle permanent qui lui, produit le savoir sur ces corps pour pouvoir mieux les investir. Il n y a pas de corps sans nom et espace. Cela fait que l’investissement des individus se fait à la loupe : L’économie politique des corps !

La prison est donc, la forme la plus visible de ces lieux, or, les autres lieux sont tous des lieux de la même nature, tels que : l’école, la caserne, l’usine, les hôpitaux…ect. Le but est que le pouvoir puisse s’en alimenter, s’en enrichir et s’en fortifier. La machine de pouvoir travaille sans arrêt dans la seule direction, celle de se nourrir de tous. Pour cela elle n’a plus besoin de châtiments et de supplices, mais à la mise en possession des corps, dans des espaces quadrillés, comptables et recensables. Le savoir ici est nécessaire, puisque le pouvoir en a besoin pour mieux créer et découper ces espaces selon ce qui différencie les corps ; le partage est donc l’essentiel de cette culture qui serre les bornes et les limites : les malades, les ouvriers, les enfants, les démunis, les criminels, les employés et fonctionnaires, les retraités .. ect ; tous sont répartis dans des espaces bien architecturés et bien pénétrables par l’œil du Pouvoir ; le corps n’est accepté que lorsqu’il est mis dans son espace qui lui est assigné. Cela veut dire que le corps le plus rebelle a sa place dans la prison ! « Le panoptique, la discipline et la normalisation caractérisent schématiquement cette nouvelle prise du pouvoir sur les corps … mais pourquoi cette étrange institution de la prison … ? …la prison a l’avantage de produire de la délinquance, instrument de contrôle et de pression sur l’illégalisme, pièce non négligeable dans l’exercice du pouvoir sur les corps, élément de cette physique du pouvoir qui a suscité la psychologie du sujet. »[1]. Or, en enfermant les gens, la prison garanti : « la distribution spatiale des individus », « la conduite des individus » et la sanction au « niveau infra-pénal des manières de vivre, des types de discours, des projets ou intentions politiques, des comportements sexuels, des refus d’autorité, des bravades à l’opinion, des violences, etc »[2] il s’agit donc de poursuivre les déviations et les maîtriser : « L’irrégulier, l’agité, le dangereux et l’infâme sont l’objet de l’enfermement » puis, elle garantit aussi « l’instrument d’un contrôle local et pour ainsi dire capillaire »[3]

Il ne faut pas prendre la prison comme dimension unique dans son rapport avec la déviation, elle est la structure théorique qui gouverne tout l’esprit contemporain, de là on prend toutes les formes de renfermement comme prison : les établissements scolaires, les établissements industriels, commerciaux et économiques, les établissements correctionnels … tout est préparé pour que les corps soient répartis et distribués selon la nature de la déviation, et pour que ces corps répondent aux exigences du pouvoir.

2- Les déviations :

La déviation reste l’élément sur lequel a reposé l’évolution de la prison, non pas seulement comme institution à part qui a pour objet le criminel, mais en tant que vision générale dans le traitement de toute déviation possible, et qui pourrait entraver la vie sociale.

La déviation est donc, tout corps portant un effet négatif sur le déroulement du pouvoir. C’est la non réponse positive aux exigences du pouvoir : exigences au niveau du savoir, de la productivité, de la soumission aux normes demandées …etc, cela veut dire que le manque de savoir chez l’élève, l’analphabète, le non adapte à la technique lié à la production, le manque de productivité chez l’ouvrier, le fonctionnaire, l’employé ou le soldat, la non disponibilité chez les personnes malades, handicapés ou n’ayant tout simplement pas trouvé leur place dans le marché du travail, la violation de certaines personnes aux lois « en vigueur » concernant les biens ou l’usage des biens publique ou privé. La prison comme vision générale c’est le traitement que met en œuvre le pouvoir pour traiter et gouverner tous ces formes de déviation, elle est cette pluralité de procédures à l’égard des individus : l’école est l’espace où on met des individus, souvent jeunes et petits pour leur enseigner un savoir dont ils auront besoin pour être conformes aux attentes du pouvoir dans le champs social, la caserne c’est l’espace où on met des individus pour leurs enseigner l’art et le savoir de se battre contre un ennemi probable, l’usine est l’espace où on met des individus pour maintenir la production de tout ce dont a besoin l’économie de la société, la prison est l’espace ou on met les individus qui ont touché les lois qui organisent le rapport des uns avec des autres.

La prison est donc la forme explicite qui symbolise le quadrillage qu’emploie le pouvoir pour rendre facile et possible la gestion et la gouvernance des corps. C'est que cette gouvernance a besoin de reposer sur un savoir qui fonde l’architecture valable à chacun des cas, selon la particularité des corps dans leur degré de déviation.

Dans, disait Foucault, « le régime pénal de l’âge classique on peut retrouver, mêlées les unes aux autres, quatre grandes formes de tactique punitive » :1- Exiler, chasser, bannir, expulser hors des frontières, interdire certains lieux, détruire le foyer, effacer le lieu de naissance, confisquer les biens et les propriétés. 2- Organiser une compensation, imposer un rachat, convertir le dommage provoqué en une dette à rembourser, reconvertir le délit en obligation financière. 3- Exposer, marquer, blesser, amputer …ect, bref s’emparer du corps et y inscrire les marques du pouvoir. 4- Enfermer. »[4]. Or, la détention, l’emprisonnement ne font pas partie du système pénal avant la fin du 19 ème siècle. Punir que plutôt causer des peines, n’est devenu une vision juridique qu’après une longue réflexion qui a rendu la prison une forme générale de pénalité. L’enfermement est devenu : 1- La distribution spatiale des individus. 2- Intervention au niveau de la conduite des individus.3- Contrôle de la justice réglée. La pénalité est transformée à « l’ajustement du système judiciaire à un mécanisme de surveillance et de contrôle »[5] de là, le développement de toute une série d’institutions « para pénales, et quelques fois non pénales » et c’est alors que le « le système général de surveillance-enfermement pénètre toute l’épaisseur de la société prenant » multiples formes, toutes sous le principe du Panoptique !

Le panoptique est cette vision qui donne à la prison « l’avantage de produire de la délinquance, instrument de contrôle et pression sur l’illégalisme, pièce non négligeable dans l’exercice du pouvoir sur les corps, élément de cette physique du pouvoir qui a suscité la psychologie du sujet »[6].

C’est exactement ce panoptique qui fait de la prison tout le socle théorique de notre civilisation contemporaine, c'est-à-dire la mise en espace de tout individu, de tout corps selon son degré de déviation, or la déviation est tellement répartie qu’elle devient invisible, tolérée et courante. Mais il suffit de poser les question suivantes : Pourquoi un crime est défini en tant que tel lorsqu’un homme commet un geste : voler, tuer, violer, ne pas pouvoir payer ses dettes, ne pas pouvoir trouver un travail, ne pas pouvoir être productif selon des critères, ou à cause de sa maladie ne pas pouvoir travailler, ou tout simplement ne pas pouvoir répondre aux exigences de la vie quotidienne ? Est-ce qu’un individu a le choix d’être sans travail, ou de tomber ou pas malade, de posséder ou pas un savoir qui le bénéficierait socialement ? Mais le pouvoir ne s’intéresse pas à ces questions ! il réagi comme si la déviation ( maladie, pauvreté, incompétence technique, vieillesse ... etc) était un choix personnel. Ensuite le pouvoir ne s’intéresse qu’à la façon dont il doit distribuer la déviation en multiples espaces ! Le corps pour le pouvoir n’est important que par rapport à sa productivité et sa rentabilité.

Rawls a essayé vainement de résoudre cette problématique, il a finit dans sa théorie de justice, à plutôt renforcer le pouvoir : Mais finalement c’est quoi le consensus, si ce n’est pas une façon de donner toute la puissance au pouvoir !? Il est donc difficile de croire à ces théories de démocratie qui remplissent le champs politique, surtout durant les élections, cette forme trompeuse de crier justice faite !

Ainsi, le corps doit porter avec lui ses souffrances, ses douleurs, ses frustrations, pour se mettre gentiment dans l’espace qu’on lui a attribué, et se réduire au silence, chose qui ne sera jamais assurée puisque tout corps est volonté de puissance !

TRIBAK AHMED



1 - M. Foucault : Résumé des cours 1970-1982 Collège de France – Julliard.

2 - Ibi.

3 - Ibi.

4- M. Foucault : Résumé des cours 1970-1982 Collège de France – Julliard. pp 29-51.

5- Ibid.

6- Ibid.

20.6.07

LA PSYCHANALYSE




Je crois que la psychanalyse est une des découvertes qui ont marqué notre époque. Une découverte qui a eu un impacte très fort sur la pensée postmoderne. Je pense que les principales questions que l’on peut se poser à propos d’elle, sont les suivantes :

1- Quelle est l’apport philosophique qu’elle a imposé au niveau de la cette discipline ?

2- Quel est son statut dans l’épistémologie ?

3- Comment peut-on comprendre la pratique psychanalytique dans l’espace de la thérapie ?

Ces questions ne sont qu’à titre indicatif, bien d’autres questions s’imposent. J’essayerai de les aborder en suivant ce plan.

1 – L’apport philosophique :

Pour éviter l’approche académique, je vais me limiter sur le changement que la psychanalyse a opéré sur certains concepts philosophiques, laissant au débat la possibilité ouverte d’aborder les autres concepts.

Freud rejoint Nietzsche et Heidegger sur un point considéré comme mutation quasi importante dans la philosophie, Les trois ont changé le statut du sens. Le sens n’a plus d’aspect absolu, il n’est plus dans une profondeur, car il n’y a pas de profondeur, c’est une illusion; c’est reprendre la métaphysique de Platon.

Le sens n’est pas non plus dans un plat absolu, il est dans ce mouvement double de disparition et d’apparition. La philosophie post-moderne a quitté complètement toute la métaphysique du sujet, de la présence, de l’essence. Heidegger a réalisé le deuil de cette métaphysique.

L’inconscient chez Freud ne loge pas dans une partie profonde, cachée quelque part, attendant qu’on la découvre. L’inconscient se positionne à côté des autres niveaux sur la surface, il est une partie de l’appareil psychique où les sens s’activent en mouvement permanent. L’interprétation est une technique ouverte, opératoire qui consiste à instaurer une lecture diagnostique des symptômes.

L’identité n’est ni close, ni ouverte, elle est l’autre face de la différence, en mouvement permanent, cela veut dire que l’inconscient n’est pas une obscurité sur laquelle il faut projeter de la lumière, il est une entité changeante, il est un objet sur lequel on peut opérer les techniques de lecture.

Pour protéger et éloigner l’inconscient de toute portée métaphysique, Lacan l’a formalisé, l’a pris pour une structure soumise aux techniques de la linguistique. Je crois que Freud contribue et rejoint en particulier, au travail de Heidegger, ouvrant tout un monde nouveau devant la philosophie où l’homme est un objet de savoir. De là, l’idée choquante de Foucault sur la mort de l’Homme.

Je préfère qu’ils soient édités séparément comme dans le cas des premières études, je pense que cela permettra à tout le monde d’y participer. Trois messages à la fois séparés et enchaînés.

2 – Quel est son statut épistémologique :

En général, la rupture entre le normal et l’anormal dans la vie psychique humaine n’est jamais apte à la définition catégorique, mais cette définition reste un objectif à élaborer malgré les difficultés. Il y’a cependant une taxinomie reconnue par ces pratiques. Cette taxinomie soutient ce qui suit :

Les psychoses : sont des dépressions majeures à différent niveau, tels que la schizophrénie, la paranoïa, la maniaco-dépressive, la mélanco-dépressive.

Les névroses : phobies, obsession, anxiété …etc.

La psychiatrie voit ces maladies comme déficience mentale, comme dérèglement de la chimie mentale. Elle propose la pharmacologie comme traitement. Le principe consiste à administrer des produits agissant sur l’équilibre mental, et sur la vie mentale. La psychiatrie ne cherche pas à analyser la maladie, mais seulement à en définir le tableau clinique.

La psychanalyse à une approche totalement différente, elle voit la maladie dans sa généalogie depuis la naissance. Elle définit cette généalogie depuis la naissance en distinguant les différentes phases : la schizophrénie revient à la phase buccale où l’individu a fait une fixation, c'est-à-dire qu’il n’est pas passé à la phase suivante. La paranoïa revient à la phase sadomasochiste. La dépression maniaque revient à la phase oedipe.

C’est que l’individu passe par des phases, et il doit réussir le deuil de chaque phase, sinon il garde en lui le germe de la maladie. La psychanalyse ne fait pas recours à la pharmacologie, mais plutôt à des techniques qui lui sont propre. Ces techniques sont cohérentes et forment un arsenal très puissant dans leurs applications.

Le transfert et le contre transfert : Le principe ici, concerne le psychanalyste et le psychanalysé au même temps. Le premier doit être sûr qu’il ne porte rien en lui qui peut affecter le processus de psychanalyse, cependant il pourra recevoir le transfert en gardant sa distance, et cela garantit l’état de l’objectivité. Le deuxième doit être sûr qu’il est capable de laisser libre cours à son discours, sans projeter sur le psychanalyste une image personnelle qui pourrait gâcher le processus. Cela pose un autre problème : La résistance. Le psychanalyste doit réussir à briser cette résistance. Mais c’est là une interaction, un effort où les deux participent activement, et lorsque cette collaboration se réalise, l’instant de l’objectivité devient possible.

Mais il est à noter que la psychanalyse ne peut pas intervenir que lorsque l’individu n’est plus dans l’état psychotique. Il est à noter aussi que la pratique psychanalytique diffère selon la conception du psychanalyste et son appartenance à une école ou tendance. Il reste à dire aussi que la psychanalyse n’est pas une acculturation, c’est le moyen par lequel et à travers lequel on met de l’ordre à ce qui en désordre.

Le problème du normal et de l’anormal est essentiellement épistémologique, Quels sont les critères ou les caractéristiques qui nous permettent de définir ce qui est normal et ce qui est anormal ? Les deux termes font parties du langage commun.

Lorsqu’on parle de psychotique et de névrotique, la question devient : à partir de quel système de référence on définit les deux termes ? De la psychiatrie ? Quelle théorie de psychiatrie, car il y en a plusieurs. Se la psychanalyse ? Quelle théorie de psychanalyse, car, là aussi il y en a plusieurs.

Donc, la complexité du phénomène nous appelle à définir l’angle à partir duquel on parle. Cependant, il est clair qu’une seule approche n’est pas suffisante, et que l’approche systémique est nécessaire, car elle nous permet de voir la question dans tous ses aspects.

Le rêve, la litote, le lapsus, le mi-dire, l’euphémisme, l’anti-phrase…etc, sont pour la psychanalyse un matériel très puissant dans le processus de la psychanalyse ; mais pour la psychiatrie, ils n’ont aucune importance, parce qu’elle repose sur un tableau clinique, une taxinomie définit à partir d’une conception sur les psychoses et les névroses. La psychiatrie traite les symptômes psychosomatiques comme maladie, et non pas comme symptômes psychogènes. Son intérêt est de faire taire ces symptômes, la psychanalyse prends son départ de ces symptômes comme effets d’un malaise, d’un désordre dans l’affect, dans l’histoire affective de l’individu.

Lacan a introduit la linguistique parce que le langage réfère les symptômes et parce que cela permet au psychanalyste d’oublier son affect a lui, pour pouvoir lire l’affect de l’individu sans confusion ou amalgame. Le psychanalyste n’est pas sensé être gentil, ni tendre, ni affectueux, il est sensé maîtrisé son affect pour pouvoir diagnostiquer l’affect de l’individu ; il n’est pas un père, ni une mère, ni un abbaye, il est le regard neutre qui dialogue avec les symptômes : c’est là le statut épistémologique. Pour Lacan, les symptômes sont le langage de l’inconscient, ils sont « les signifiants d’un signifié refoulé dans la conscience du sujet.

3 – Psychanalyse et espace de la psychothérapie 1 :

Après Freud, la psychanalyse en tant que théorie de savoir sur l’homme, a pris une autre voie, celle de devenir une pratique de thérapie, un traitement pour l’hygiène psychique. Cela a posé un autre problème, il fallait préciser les procédures à suivre dans cette voie. C’est à ce niveau que les écoles et les tendances se sont multipliées sans s’éloigner des concepts fondamentaux de Freud. Un autre système de savoir est apparu : La psychothérapie, non en tant que savoir sur l’homme, mais comme théorie de guérison au sens large du terme. Le névrotique est un individu qu’il faut soigner. Le champ de la psychiatrie s’est trouvé envahi par cette discipline qui vise la psyché, l’ordre de la psyché. La psychiatrie aussi a pris tendance à s’occuper de ce niveau. Ce sont les maladies psychosomatiques qui ont appelé à cette convergence.

Ce genre de maladies n’ont presque souvent aucune base organique, mais les dysfonctionnements sont pourtant apparents et appellent à l’intervention : Pseudo rhumatisme, pseudo asthme, pseudo migraine, troubles digestifs …etc. Actuellement ces maladies sont devenues très fréquentes.

Dans les années soixante, c’était encore la neuropsychiatrie qui dominait le champ de ces maladies, la dimension psychologique était presque absente. La neuropsychiatrie portait sa vision organique, d’où l’usage des médicaments antidépresseurs et tranquillisants ; toute cela pour s’adresser aux douleurs, l’angoisse, l’anxiété, se traitent comme douleurs et non pas comme symptômes d’une affection psychique. Les benzodiazépines, les tricycliques étaient les médicaments les plus utilisés. Avec la décennie 70, le champ de la psychologie commence à s’imposer dans le champs de la clinique, d’abord la psychiatrie s’est séparée de la neurologie, puis elle a commencé à adopter des notions du domaine psychanalytique ; mais la psychanalyse traçait son chemin en silence avec les divergences entre les différentes écoles de psychanalyse. A partir des 80, un nouvel espace s’est imposé comme moyen pertinent dans ce domaine qui est la psychothérapie, or ce terme toujours très vague, la psychanalyse avait accumulé une grande expérience dans le domaine du cabinet où les outils sont bien définis : le divan, l’espace clos du cabinet, la séance limitée par l’horaire. En plus des outils fondamentaux : transfert, contre transfert, rêve, résistance, langage. Mais, le plus important, c’est que la relation entre le psychanalyste et le patient est une relation contrôlée et quadrillée selon des règles très précises. Tout ça fait de la psychanalyse une pratique qui s’active dans un espace considérable d’objectivité. Les cures psychanalytiques sont très fermes et efficaces, et l’objet visé est la remise en ordre des troubles névrotiques, sachant que la psychanalyse ne nie pas l’aspect organique que ce soit dans les psychoses ou dans les névroses, sauf que dans le deuxième cas son efficacité est considérable. Ce qui grave, c’est que des psychiatres commencent à utiliser le divan comme outil, c’est une aberration, car la psychiatrie ne dispose pas de moyens conceptuels pour exercer et emprunter les outils de la psychanalyse.

Les statistiques montrent que la plupart des maladies traitées par les médecins sont d’ordre psychique : les troubles psychosomatiques. Ce que fait qu’actuellement la tendance vers la psychanalyse devient de plus en plus forte. Mais ce qui met les obstacles devant la psychanalyse, c’est généralement deux choses :

1- La peur des gens vis-à-vis de la psychanalyse, cela tourne au tour de la résistance ; l’individu trouve difficile et douloureuse une confrontation de soi.

2- L’absence d’un statut général accepté par tous les psychanalystes, ce qui empêchent qu’elle soit reconnu dans les structures administratives, par exemples, les frais des cures psychanalytiques ne sont pas remboursables.

La psychanalyse n’est pas encore reconnue comme pratique de traitement. Alors que les maux les plus courants sont d’ordre psychique : Dépressions mineurs, angoisse, anxiété, insomnie, troubles psychosomatiques, phobies. Je pense que c’est très signifiant que la majorité des gens consomme les tranquillisants et les sédatifs. En revanche, les frais de la psychanalyse sont très coûteux et non remboursables

D’autres pratiques de thérapies se multiplient en conjuguant les concepts de la psychanalyse et ceux de la psychiatrie. Ce qui est sûr, c’est que la psychanalyse n’a pas encore trouvé son propre espace, d’autres parts la confusion et l’amalgame ne cessent de s’accroître à propos de cette dimension humaine qu’est la psyché.

3 – Psychanalyse et espace de psychothérapie 2 :

J’insiste sur le fait que le psychotique, ne peut pas être objet de la psychanalyse, cela pour une raison de base, c’est que la psychanalyse travaille à partir du langage dans toutes ses dimensions. Le psychanalyste est obligé de passer par le langage pour voir et lire les symptômes qui sont traces de ce qui est en désordre chez le patient ; or sans langage les symptômes restent inaudibles, invisibles. Or le langage du psychotique et fragmentaire, confus, discontinu amalgamé. Prenons un exemple, Un psychotique dit cela : « J’ai mangé une voiture ». A première vue on est choqué par cette phrase, mais une question pertinente se pose : Qu’est ce qui est choquant dans cette phrase ? Au niveau syntaxe la phrase est correcte. Au niveau sémantique la phrase est encore correcte, elle transmet un message. C’est au niveau pragmatique que sa phrase pose des problèmes, car il n’est pas connu chez les hommes qu’on mange des voitures. Si on change voiture par lion, il serait possible quelques parts qu’on mange des lions. Il y’a donc, chez le psychotique une discordance entre les trois niveaux du langage qui rend impossible l’interprétation. D’autres parts, le message du psychotique ne porte pas de message dans certaines formes : La schizophrénie, où règne le silence, le langage dans ce cas n’a pas lieu ou ne porte pas de message ayant relation avec le personnage du psychotique. Chez le paranoïaque le langage encore ne fait pas référence à l’histoire du malade, ainsi que pour le maniacodépressif oû le langage est tant tôt excessif tant tôt absent. Dans tous ces cas le langage qui le principal outil pour le psychanalyste n’est pas.

Chez le névrotique, le langage reste cohérent dans ses différents niveaux, cependant il transmet une charge d’affect, de signes, de métaphore, qui permettent au psychanalyste de rassembler l’ensemble de ce qui a été dit pour reconstruire avec le patient le tableau et passer à ce qui veut parler et signer chez le patient. Le psychanalyste tout en contrôlant le discours du patient et son rapport avec son comportement et ses réactions, il lui retourne ce discours après l’avoir questionner, travaillé reproduit autrement.

Une femme très bien habillée, bien présentable est en séance de psychanalyse, elle parle et dit : Je ne vaux rien, je suis dégoûtée, je me sens humble, ma vie ne vaut rien …etc, le psychanalyste regarde et écoute ; ses chaussures étaient encore mouillées par la pluie, soudain, il prend un bout du pontalon de la femme et éponge avec ses chaussures, la femme saute de sa place, se met debout et adresse tous les insultes possibles au psychanalyste ce dernier laisse passer la tempête, puis lui dit : Mme Il parait que votre pontalon vaut mieux que vous, est ce vrai ? Devant ce fait, la femme à beaucoup de possibilités de revoir son discours. Donc, c’est le langage bien contrôlé, bien travaillé et retourné au patient pour lui permettre de refaire le bilan vers dans une stratégie de remise en ordre de l’affect touché, c’est un processus douloureux mais essentiel pour le patient et sa remise en accord avec soi même. Ce n’est là qu’un exemple, or chaque cas a ses particularité, mais le psychanalyste est là pour évoquer et provoquer les questions nécessaires au bon moment.

La critique de Foucault envers la psychanalyse, n’a pas été adressée à sa valeur opératoire, mais à un niveau qui ne concerne même pas la psychanalyse, c’est le rapport de pouvoir que Foucault critiquait à raison, car on fait, là où il y a un couple, il y a une relation de pouvoir qui s’exerce, cette critique est au profit de la psychanalyste qui pensera la question pour en trouver la réponse adéquate. D’ailleurs beaucoup de psychanalyste ont changé l’appellation du malade, et c’est devenu : coopsychanalyste, psychanalysé. Cela pour marquer le regard de la psychanalyse envers l’homme qui est en processus de psychanalyse. Le statut de la psychanalyse reste très pertinent, il suffit de le voir à partir de ce que veut dire la science dans notre époque.

TRIBAK AHMED

16.6.07

Identité et différence.





Identité et différence :

Si l’identité a été présentée, disait Heidegger, comme si elle se caractérise par l’unité, cela ne veut pas dire que l’unité est le vide qui se perpétue en cohérence fragile et loin de toute relation. Mais pour que la relation de l’identité avec elle-même apparaisse, pour que l’intermédiaire se comprenne comme tel, et pour que cet intermédiaire qui traverse l’identité prenne sa place, la pensée occidentale ait dû attendre deux mille ans. C’est la philosophie méditative qui a donné à l'identité ses fondements, à travers Fichte, Schilling et Hegel.

Depuis là, il n’est plus acceptable de représenter l’unité de l’identité comme simple cohérence, et de négliger l’intermédiaire qui se confirme dans le cœur de l’identité. Si l’identité est référée à l’unité, c’est qu’on ne peut plus poser la question de l’identité loin de la différence. En abordant la question de l’identité et de la différence, Hegel commence par éloigner la position naïve qui se représente l’unité de l’identité comme cohérence, et par concevoir la différence comme multiple opposition entre des unités choses ; et c’est ce qu’il appelait le statut empirique.

Selon Hegel, les choses sont différentes l’une par rapport à l’autre, aucune ne tient compte de l’autre, puisque chacune est identique à elle-même, et puisque l’identique forme les champs de chacune et est l’élément qui bouge en lui. Il en résulte que la chose ne différencie pas l’autre en lui, mais que la différence qui les sépare n’est que différence extérieure, là où s’arrête et se limite le statut empirique, c’est l’état genre.

Ce sont les choses qui se démarquent des autres ; et si cette vision définit la différence comme elle définit l’identique, elle n’arrive pas à définir la différence dans son intérieur. La différence reste pour Hegel la différence des choses entre elles, et l’étant lui parait comme divisé en éléments multiples.

La différence est donc une multitude mathématique. La particularité générale de la chose est celle qui la relie au cosmos. La chose est différente par rapport à son autre. Ainsi, la pensée vient pour remplir le manque qui caractérise l’expérience empirique. Dans tout couple se relie chaque chose essentiellement avec son autre, et la différence devient leur différence. Lorsqu’on pousse, disait Hegel, jusqu’au bout la différence, on voit la pluralité devenue opposition, puis contradiction. Cette mutation de la pluralité à l’opposition peut être expliquée de deux manières : D’une part la pluralité est réfléchie dans le sujet savant qui devient la base de l’opposition et son lieu. D’autre part, la pluralité quantitative extérieure s’articule dans la différence intérieure, cette différence intérieure devient l’opposition de la chose et sa contradiction intérieure. La différence en soi c’est la différence essentielle, c’est l’affirmation et la négation, le positif et le négatif, de façon à ce que le positif soit la relation de l’identique avec le sujet, c'est-à-dire qu’il n’est pas négation ; or la négation c’est le différent pour soi, parce qu’il est affirmation. Et puisque chacun est pour soi, alors il n’est pas l’autre ; mais chacun d’eux apparait à travers l’autre, et il n’est que par l’être de l’autre. La différence essentielle est donc l’opposition dans laquelle le différent ne confronte pas l’autre au sens général, mais son autre à lui. Cela veut dire que tout différent ne se détermine par soi même qu’en rapport avec l’autre, et ne se réfléchit sur soi qu’à la mesure où il se réfléchit dans l’autre. La même chose pour l’autre. Tout autre est un autre d’un autre, ainsi la réflexion cesse d’être subjective pour devenir réflexion du contenu. Il faut que la réflexion extérieure conçoive son contraire dans le même contenu, et il le peut à partir de sa mutation de la pluralité à l’opposition et ce n’est pas seulement subjectivement, mais aussi objectivement.

Les choses reflètent les autres, et cette réflexion réciproque est l’opposition. L’égalité n’est que l’identification des limites qui ne sont pas elles mêmes, ce sont des limites qui ne s’identifient pas, et l’inégalité est la relation qui relie deux limites inégales. La pluralité est donc la différence de la réflexion, c'est-à-dire la différence elle-même.

L’identité ne se tient que dans et avec son opposition à l’autre, elle ne se pose qu’en s’opposant, donc l’unité n’est que composition, et l’identité n’est que différence ; l’autre dans la dialectique Hégélienne constitue un instant d’aliénation où le sujet sort de lui-même pour y revenir après s’être enrichi. Pour être, une chose doit être différente, et pour être différente, elle ne doit pas être elle-même. Ainsi et puisque la différence repose sur l’opposition, et puisque l’autre n’est qu’opposant, il est alors l’autre de la chose, l’autre de soi, cet autre ne peut jamais se trahir, alors, il n’y a aucun sens à cet autre que s’il rejoigne le tout où il n’est qu’un de ses instants. La pensée qui repose sur le totalitaire est une pensée qui détruit la différenciation de l’autre et l’adopte, c’est une pensée incapable de penser l’autre comme tel, qu’en étant son autre.

Voilà que Hegel n’a pas poussé la différence aussi loin qu’il faut, il n’est pas allé jusqu’à penser l’autre qui n’a pas son autre, la différence chez Hegel est une différence au service de la présence, et qui construit l’histoire du sens. Chez lui, la contradiction est l’essence de la différence et non pas seulement un de ses modes. Mais si on dépasse la contradiction vers le paradoxe, l’autre vers le neutre, la différence basée sur l’opposition vers la différence qui constitue opposition même, il devient impossible de parler de l’unité et de la composition, il n’y aura plus de lieu pour l’identité ; c'est-à-dire, si nous refusons la différence Hégélienne et l’identité, restera t-il lieu à une identité différente ?

Pour répondre à cette question, Heidegger trouve un autre concept sur la différence, de façon à ce que la différence ne reste plus à la merci de l’identité et de l’identique, et ne se limite pas à la simple contradiction ou opposition.

Ce qui marque la différence Hégélienne c’est sa soumission à la loi de la négation et son emprise dans le cercle de la connaissance absolue. Il fallait libérer la négation de l’hégémonie du TOUT et ne plus l’emprisonner dans la logique de l’opposition. Là, chez Heidegger, le sujet ne se pose pas dans la contradiction avec l’autre, mais dans sa différence, il ne se pose qu’en se différenciant. Le sujet ne se pose pas et ne s’identifie pas, il est en distanciation permanente avec soi, il ne se présente pas. Le sujet ne cesse d’être. La négation ici n’est pas ce qui vient de l’extérieur pour s’opposer au sujet, mais ce qui le détruit de l’intérieur. La négation est ce mouvement infini qui distancie le sujet de soi.

Ce nouveau concept de la différence, non en tant qu’opposition de deux contradictions, mais en tant qu’éloignement qui rapproche entre les parties différentes, c’est l’étymologie du mot différence. La différence est une traduction du mot grec DIAFORA. Fora c’est transporter, mais transporter quoi ? C’est transporter Dia, c'est-à-dire la distance, l’éloignement, la béance.

La différence transporte deux parties qui se rapprochent pour les disperser, les éloigner, l’une de l’autre. Voici le sens de la différence ontologique chez Heidegger. Si l’étant et l’être s’éloignent l’un de l’autre, c’est parce que l’un vient vers l’autre, si l’être chez Hegel est sa différence, il est chez Heidegger sa différence avec l’étant, elle empêche la présence de se présenter, et l’être de s’identifier. Là, le sujet est différence, mais la différence n’est pas simple opposition entre deux parties contradictoires. L’être de l’étant, est ce mouvement de l’être de l’étant. La différence est ce qui éloigne l’être de l’étant et le transporte vers lui.

Cette unité comme mouvement infini d’éloignement et de rapprochement, est ce que Héraclite appelait LOGOS, la différence est le logos exacte, mais le logos est l’errance qui détruit les limites figées.

Nous sommes devant une unification qui ne concilie pas entre les contradictions, mais les expose devant nous disparates et groupées dans la même présence, une différence qui ne se réduit pas aux contradictions, une identité qui ne finit pas dans l’identique. Cette identité ne dispose que d’une existence apparente, elle est produite d’un système qui transporte le différent vers l’autre par l’effet de la différence. Quel sens reste t-il à l’identité ?

Le même n’est qu’une illusion que produit l’éternel retour. Le même est l’effet des systèmes gouvernés par l’éternel retour, il est le retour de la différence, il est mutation d’un différent à un autre, par une opposition de l’autre, et c’est pour détruire les limites de l’opposition et pour effacer tout identique. L’éternel retour du même n’est pas un retour des mêmes choses et un effacement des différences, il est au contraire l’extrémité et la différence qui réside dans le retour et à travers lui. Le sujet n’est même que dans et par le chemin du retour qui ne cesse de retourner, le même est un principe en devenir. Et lorsque Nietzsche parlait de l’éternel retour de l’identique, il ne voulait dire que cela : l’éternel retour ne signifie pas le retour de l’identique puisqu’il s’agit d’un monde où il n’y a pas lieu aux identités, un monde où s’effondre tout identique. Le retour est l’être, mais l’être du processus. L’éternel retour ne fait pas retourner l’identique, mais le retour est lui-même ce qui retourne et devient. Le retour est que le processus devienne même. Donc le retour est l’unique même, mais comme deuxième puissance, il est l’identique de la différence, cette identité qui vient de la différence se définit comme répétition.

TRIBAK AHMED.

J. Derrida : De l’économie restreinte à l’économie générale, in L’écriture et la différence. Seuil.

J. Derrida : Marges de la philosophie. Minuit.

M .Heidegger : Identité et différence, in Question. Gallimard.

M .Heidegger : Logos, in Essais et conférences. Gallimard.

G .Deleuze : Différence et répétition .PUF.

G .Deleuze : Logique du sens. Minuit.

G .Deleuze : Faille et feux locaux, in critère n° 275.

J. Beaufret : Dialogue avec Heidegger. Minuit.

28.5.07

Ecriture et métaphisyque















La métaphysique conçoit l’écriture comme moyen d’expression, c’est le point qui permet le passage des sens, et la métaphore qui l’emporte est un outil pour transmettre les sens et les représenter, elle est le moyen de la présence du sens. La métaphysique nie la matérialité du signe et son intensité, elle considère le signifiant comme simple configuration du signifié, elle donne priorité à l’aspect temporel et logique du sens par rapport au signe, du signifié par rapport au signifiant, de la pensée par rapport au signe, du signifié par rapport au signifiant, de la pensée par rapport à la matière, de l’âme par rapport au corps. et puisque l’écriture n’est pas un espace de la production des sens, le signe n’est plus qu’un instant pour récupérer le sens originel indépendant à toute opération de production, que ce sens soit trouvé dans un monde paradoxal, ou contenu d’un sujet qui donne aux objets ses sens.

La métaphysique conçoit l’écriture comme opération de limitation où règne la logique de l’identité, elle ne conçoit pas le texte comme système où s’activent les sens (un système connotatif), et le signe comme intensification de plusieurs interprétations et espace différentiel, mais comme mot. Le mot est le terme qui limite le sens et le définit. C’est la définition qui nous donne l’essence des choses et leur vérité.

Si les sens sont des effets de l’écriture, pourquoi la métaphysique a – t-elle accepté d’emprisonner le dialogue philosophique dans le corps de l’écriture et imprègne les sens par sa nature ?

C’est que l’écriture ne se limite pas dans le fait qu’elle est un moyen d’expression, de représentation, de transmission, mais essentiellement comme outil pour conserver les sens et les protéger contre l’absurdité du destin et l’effet du temps. La métaphysique procède à l’écriture pour donner à ses sens l’aspect de l’éternité et les faire vivre dans un présent permanent, soit en réduisant le temps à un point, soit en rendant l’écriture une forme de mouvement historique qui conserve, en tant que mémoire , tous les instants; c’est une écriture qui repose sur le temps et l’histoire, une histoire qui se fonde sur la philosophie de la présence, et qui rend le temps un présent qui bouge et posant la négation à la merci du concept, et la différence au service du même. Cela rend la métaphysique sceptique vis-à-vis du texte fragmentaire.

Si l’écriture conserve les sens, elle ne les produit pas. Mais là, elle donne la suprématie de la voix et le logos sur le signe et la trace. La lecture est alors cette action magique et simple qui exclue la matière écrite pour se procurer l’esprit du texte et s’y infiltre. Dans cette lecture directe de l’essence de l’être, se montre le monde religieux de la connaissance absolue de Hegel, cette fin que l’histoire tend vers elle, de façon à ce que le concept devienne visible, découvert et présent entre nous.

Il en résulte que toute écriture /lecture qui veut détruire la métaphysique doit se libérer de la philosophie de la présence. De cette façon, le texte ne portera plus la vérité, mais ne cessera pas de lutter et de tourner autour d’elle. Cette lecture conçoit le texte comme source des effets de la vérité, elle essaiera toujours de montrer la vie de la vérité, et la politique qui maitrise la lecture des textes et ses écritures, c'est-à-dire, elle montrera l’ensemble des règles auxquelles se soumet la production des textes.

La destruction ne consiste pas à décoder les sens et les concepts métaphysiques, mais à montrer les manières avec lesquelles s’utilisent ces concepts, se produisent et se reproduisent.

Nous sommes donc, devant une lecture qui accuse le direct, elle essaie de produire l’opération effective de l’écriture métaphysique elle-même, elle n’est pas une opération pour montrer et s’approprier le sens unique comme le veut la métaphysique, mais un procès de métaphorisation, c’est une lecture qui ne voit pas le signe et le texte comme lieu où règne la logique du même, mais comme lieu où règne la différence.

Nous ne pourrons pas dissocier et séparer entre lecture et écriture. L’écriture dans ce sens, se représente à nous comme lue et interprétée, nous sommes donc devant une lecture/écriture sans sujet et devant une pensée sans sujet pensant (cogito). Mais elle est une lecture/écriture riche, qui ne se donne à nous qu’en ce qu’elle nous cache, et exactement en ce qu’elle porte en elle comme fragilité, derrière une apparence forte des vérités évidentes, dans le silence qui traverse son discours, et le manque qui imprègne ses concepts.

La lecture qui détruit la métaphysique, ne voit pas le texte comme s’il occulte une telle ou telle intention, ce qui veut dire qu’elle le lit pour produire l’impensé; l’impensé ce n’est pas ce qui s’absente pour une raison pensante, une raison d’un sujet pensant, il n’est pas ce qui se trouve hors de l’impensé et loin de lui. L’impensé dans une pensée n’est pas une erreur. Plus la pensée porte de l’impensé, plus elle est riche.

TRIBAK AHMED

M. Heidegger : Qu’appelle-t-on penser ? PUF.

J. Derrida: De la grammatologie. Minuit.

F. Nietzsche : Le Gai Savoir. Gallimard.

…………… : Humain trop humain. Gallimard.

…………… : Volonté de Puissance. Gallimard.

20.5.07

Nietzsche et la métaphysique

Nietzsche

1- Nietzsche et la mythologie:

Il faut d’abord se libérer de la philosophie moderne et ses concepts pour pouvoir lire Nietzsche et apprivoiser sa philosophie. Le lire sans prendre distance de ce que la philosophie a produit depuis Aristote jusqu’à Hegel, c’est resté à sa marge, sans pouvoir comprendre la richesse de sa pensée. Je crois que c’est à partir de là que provient la confusion souvent engendrée à propos de lui.
Nietzsche avait l’acuité de réaliser que tous les maux de la philosophie venaient de la mythologie grecque et son impacte imminent sur l’histoire de la pensée, philosophique ou autre. Les fondements même de la pensée occidentale, se sont faits à partir de la tragédie grecque, où les dieux grecs et les hommes s’échangeaient les rôles et les puissances, la force fût la vertu majeur, d’où la généalogie du noble, c'est-à-dire le prédateur suprême; même Poséidon entra en conflit avec Ulysse, lorsque ce dernier humilia les dieux. Le christianisme a évolué lui aussi dans ce contexte: Un homme fils de Dieu, chargé de prêcher pour son père!
Toute l’histoire de la pensée est restée imprégnée par cette dualité: Dieu en face de l’homme, la vérité en face de l’erreur, la force en face de la faiblesse, l’immortalité en face de la mortalité. Avec la seule altération, celle d’être plus du côté de dieu que de l’homme, ce fût l’effort du christianisme, et la philosophie a pris le soin de mettre en valeur cette conception, depuis Platon jusqu’à Hegel. Ce dernier a eu le privilège de provoquer la révolution des philosophes: Marx, kierkegaard, et surtout Nietzsche. Le 18 ème siècle ne pouvait plus supporter cette dualité: L’absolu gouvernant sur le relatif, Dieu et derrière lui l’église, régnant sur l’homme!
Nietzsche était le premier a renversé les statuts, non pas en déclarant la supériorité du relatif sur l’absolu, mais en donnant place à l’interprétation, en évoquant la pluralité du sens. Ceci a été bien expliquée par Gilles Deleuze « La tâche d’aujourd’hui est de produire le sens ». On peut cependant parler de l’avant et l’après Nietzsche.

2- L’avant Nietzsche:

1- La dualité

Il n’existe pas un peuple qui était aussi proche de la terre, c'est-à-dire de soi même, comme l’était le peuple grec. Ce peuple avait cette capacité extraordinaire, comme le disait Nietzsche, de voir les choses et les phénomènes en tant que plats, en tant que sens direct, qu’il faut changer, battre et combattre. Cela suppose de ne croire qu’à la puissance, à la volonté de faire face au danger et le vaincre, de faire face à la mort; les vertus majeurs sont la guerre, le courage, le trophée …. il n ’y a pas de place pour les faibles, la pitié, la chasteté …. « L’optimisme est un signe de superficialité, le pessimisme est un signe de décadence, mais l’optimisme tragique est l’état de l’homme qui sait que la vie est une guerre, conflit, contradictions, et sent la fierté en sachant cela » ( Nietzsche ). La dualité grecque était donc de se positionner comme guerrier devant l’autre: Les dieux, les fils des dieux, la nature en tant que défi … c’est une dualité qui ne laisse pas de place transcendante ou supérieur à cet autre vis-à-vis de soi, il n’y a pas lieu à la soumission ou à la résignation, mais plutôt à l’action et à la puissance; c’est une dualité qui ne divise pas la vérité entre celle qui est absolue et celle qui est illusion. Cette dualité fût adoptée de Platon à Hegel en exterminant d’elle la puissance, et en y mettant à sa place le fatalisme de l’homme subitement géré par Dieu et ses lieutenants sur terre. La civilisation islamique avait compris cela, c’est pourquoi elle a parlé d’un Dieu en rupture quasi-totale avec l’homme et la réalité, un Dieu absolument transcendant, donc absolument souverain et régnant sur tout; cette civilisation a fait de Dieu le seul créateur, le seul gouverneur, face un homme désarmé de tout: Puissance, savoir …etc.

2 – Platon

Socrate avait cette tâche mortelle d’affronter le scepticisme qui a entrainé l’explosion du sens; il a préparé le chemin pour Platon avec qui la dualité métaphysique a commencé sous une forme tranchante et déterminée: Il y a d’une part la vérité ou le monde vrai, et d’autre part l’illusion, cependant Dieu n’est plus en contact avec ce qui est humain et mondain. La dualité a pris une autre tournure, elle est devenue la vérité absolue face à la vérité dérisoire.
Platon est le fondateur de ce dualisme qui va régner sur et dans la philosophie jusqu’à Hegel. La trace grecque est là, c’est la dualité elle-même, mais avec une autre portée métaphysique où l’homme s’est réduit au rien! Tout ce qui est humain est devenu symbole de l’imparfait, de la honte, de l'humble, ou pour dire plus clair, symbole du Mal, en échange du Bien prêché par la religion, et par toutes les théories métaphysiques ou autres. L’homme est devenu objet de jugements, de punition divine anticipée sur terre par la religion et les religieux. De là, la naissance de la dualité Mal et Bien, et d’un système de valeurs basé sur la punition et l’interdiction, d’où aussi la naissance de la notion du péché. L’homme est assujetti à un ordre touchant et bloquant sa volonté en temps qu’être capable de changer, de créer, d’agir, et de faire de son existence une jouissance, une joie. Les sept péchés capitaux forment l’extrême de cette morale qui inculque aux êtres humains la peur, la frustration, les remords, le renoncement au plaisir. Nous sommes ici loin de l’homme tragique croyant à sa force et à son être créatif. Les sept péchés capitaux se trouvent implicitement dans toutes les religions, avec d’autres formules et d’autres configurations, toujours aussi sévères et répressives. L’homme a des instincts, et il doit être puni pour ça, ainsi réagi toute religion.
Au niveau du savoir, l’homme est incapable, par sa raison handicapée, de déchiffrer les secrets de la nature, c’est une compétence exclusive à Dieu et ses prêcheurs. Platon a bien distribué les rôles: L’ ÉTAT doit être dirigé par le philosophe et sa clique, les soldats pour l’ordre, les citoyens pour la vie quotidienne tracée d’en haut. Ce rôle fût confisqué par les gérants des instituts religieux. L’homme est touché dans ses intimités les plus profondes, mais son plaisir est quantifié. La philosophie et la religion marchent conjointement, avec une complicité très étroite, sous le règne du politique qui s’est procuré les pouvoirs de faire basculer la balance, relativement en faveur de l’un vis-à-vis de l’autre. La politique a toujours été partie intégrante dans cet équilibre.
Mais jusqu’à quel point peut on dire que la philosophie jouait habilement avec ces autres ordres pour faire apparaitre ce que l’on ne veut pas apparaitre ? L’histoire et la biographie des philosophes témoignent de cela. Je pense que M. Foucault a très bien montré cela, surtout dans son ouvrage « L’ordre du discours ». Le discours, tout discours est soumis à des règles très efficaces et vigilantes.

3 – La naissance de la métaphysique:

Je parle bien sûr de la métaphysique quand elle a pris sa forme systématique, cela est arrivé avec Platon. Ce dernier a donné à la philosophie ses trois fameux axes: L’Ontologie – La gnoséologie – L’axiologie. La réalité a donc trois niveaux qu’il faut étudier selon ces trois niveaux. Mais la structure finale ou mène cette métaphysique est la suivante: Il y a deux existences, l’une est réelle représentant l’absolu, l’autre est illusoire représentant l’illusion. Platon a pris soin de formuler l’exemple de la grotte ou se reflète l’ombre de ce qui existe ailleurs. Ce qui existe ailleurs, c’est la réalité absolue que seuls les philosophes sont capables de se rappeler et rejoindre, dedans c’est la fiction que la masse voient, croyant par erreur que c’est la réalité, alors qu’elle ne l’est pas: Voilà que nous sommes devant une dualité tranchante et déterminée; et cela fût adoptée par tous les autres ordres du savoir: religions, sciences, littératures, … La philosophie a sombré dans cette orientation, en prenant chaque fois des différentes formules. Que ce soit avec Aristote, ou ceux qui sont venus après, notamment Kant et Hegel, il s’agit là de la même structure: Le vrai en face du faux, l’absolu en face du dérisoire: La métaphysique. Les efforts se sont multipliés, pour se gonfler chez Hegel.
Je crois, avec assez de certitude, que le christianisme n’a fait qu’une volerie d’une idée déjà exprimée chez les grecs, il s’agit, de celle qui consiste à dire que Dieu a couché avec une femme (humaine) et ça a donné un demi dieu, comme Achille et autres. C’est là exactement où Nietzsche a trouvé les maux de la philosophie! Voila que Dieu a fécondé une femme qui a donné Jésus, et pour Hegel, c’est l’idée abstraite qui s’est transformée dans la nature (l’antithèse) pour redonner la pensée absolue (Jésus en religion) lui en philosophie, son Roi en politique ! Hegel a appelé ça « La raison gouverne l’histoire ».
Il a fallu donc, attendre cette arrogance pour provoquer la philosophie, pour mettre toute cette métaphysique en cause. « Riens philosophiques » voilà ce que répond Kierkegaard; ou alors la nécessité de mettre Hegel sur pied comme l’a dit Marx. Mais Nietzsche est allé plus loin, à la tragédie grecque, il y a trouvé beaucoup de richesse, à partir desquelles les détournements se sont produits. y a-t-il un germe chez Socrate ? Il a combattu la dispersion infinie du sens, pour y mettre à la place Le sujet savant: Connais toi, toi-même ! Cela a servi à Platon de maitriser le sens dans une seule main, la sienne, en pensant l’existence et rejoignant avec sa réflexion, le vrai monde où gite la réalité!

4 – Mythos et Logos:

On a pris l’habitude d’admettre ce partage entre mythos et logos, c'est-à-dire la thèse qui soutient que le mythos a un jour cessé d’exister, et à sa place, le logos a occupé la pensée; or les travaux de l’anthropologie et les disciplines proches, nous ont montré des faits bien considérable. Mais comment peut on comprendre que dans notre troisième millénaire, des théories persistent à continuer dans différents domaines de la pensée.
Un homme se lève un matin, et déclare à toute l’humanité que dieu en personne, l’a chargé de purifier notre monde des forces du Mal, et il entraine toute la planète vers des conflits terriblement meurtriers, où la chaire humaine est devenue une proie facile à toutes les sortes d’armes explosives, scientifiquement fabriquées jusqu’à en devenir des armes intelligentes ? En face de celui là, un autre homme prétend lui aussi être un soldat préalablement martyre, et prend la tâche lui aussi, sous l’ordre de dieu, de demander à toute l’humanité de le suivre dans son combat contre le mal absolu. Une face à face terriblement dressée pour mettre tout le monde au feu. Un absolu contre un autre absolu, et derrière les deux, se sont mêlées les théologies les plus anciennes. Ce serait quoi le mythos si ce n’est pas cette croyance à la chose et son contraire, les unifiant et les rendant Un. L’armement destructif fait de ces hommes des avatars de Zeus et ses collègues. Le mythos devient cette mise de l’autre dans un dehors absolu, et devient aussi ce rapport directe et exclusive avec dieu!
Le mythos c’est de croire à la chose et son contraire, c’est de croire aussi qu’entre la vérité et son contraire, il y a un médium qui n’est ni dieu, ni homme, mais une troisième force que l’on peut s’approprier pour agir et changer les choses! Notre monde contemporain est considérablement envahi par cette conviction. Des hommes d’état, comme aussi des gens ordinaires, consomment fortement cette croyance et pratique, nous avons même des spécialistes en la matière, qui emploient habilement les dernières technologies (Internet, communication…) pour servir dans ce marché terriblement croissant partout dans le monde. Aussi des pratiques médicales reposant sur l’invitation du médium pour guérir les maladies de toutes sortes, même le cancer. Les marabouts, les temples, les lieux de voyance, sont devenus de plus en plus régnant.
Le mythos ne repose pas sur le dualisme comme il est le cas dans la métaphysique fondée par Platon; il repose plutôt sur l’intermédiaire qui n’est ni Dieu, ni Homme, mais des puissances surnaturelles inidentifiables, mais par contre maitrisables, soit pour faire du bien, soit pour faire du mal. Ces forces ont pris différentes appellations: Fantômes, diables, forces du mal, médium ..Etc, et pour dominer ces forces, d’autres moyens sont imaginés par l’homme: Le talisman, la croix, la lecture du texte divin, rituels de trans…etc, l’homme contemporain a intégré même les moyens les plus développés dans le domaine des télécommunications. Les « spécialistes du tarot et de voyance » ont occupé une très bonne place dans le monde de l’Internet et de la publicité.
Le mythos a donc toujours existé et existe toujours à côté du logos, il n’a jamais cessé de faire partie de la pensé humaine, l’histoire des sciences n’est elle pas l’histoire de ses erreurs comme le disait G. Bachelard, et ce qui est une connaissance actuelle, n’est qu’une illusion après. Mais cette illusion ne constitue pas dans beaucoup de cas un mythos lorsqu’une théorie scientifique est non pas seulement dépassée, mais dévoilée comme une banalité et pure illusion. Il faut donc admettre que le mythos est une interprétation de la réalité comme le logos et les autres systèmes métaphysiques. C’est ce que Nietzsche a révélé dans son parcours philosophique, et a voulu faire entendre avec acharnement, de là, son retour à la tragédie grecque. Son projet a été pris au sérieux par ceux qu’il a appelé les philosophes du danger. Ce fût Heidegger, Derrida, Foucault, Deleuze … Le savoir humain est une multitude d’interprétations du monde; parmi les grands apports de Nietzsche est que le sens est pluriel, quoiqu’il doive distinguer toujours le sens fort, c'est-à-dire l’interprétation qui s’impose dans un temps et espace donné.

« On ne saurait mieux marquer la différence entre la libre pensée d’hier et celle d’aujourd’hui qu’en se rappelant cette phrase qu’il a fallu toute l’intrépidité du siècle passé pour comprendre et énoncer, et qui pourtant, mesurée au niveau actuel de la connaissance, retombe au rang de la naïveté involontaire, _ je veux dire la phrase de voltaire : croyez moi, mon ami, l’erreur aussi a son mérite » Nietzsche.

5- Le rationalisme:

Aristote a fondé la logique pour mettre les premières bornes de la pensée, mais il a aussi fondé la rhétorique; curieusement, on ne s’est que peut intéressé à cela! Pourquoi sa logique a-t-elle pris beaucoup d’importance, alors que la rhétorique n’a pas incité autant à la recherche ?
L’Organon a marqué les premiers fondements d’un rationalisme primordial, il a montré les règles que toute réflexion suit pour être conforme à la raison; et même les parties inaccessibles sont quantifiées, il a consacré pour ça, la logique fallacieuse. Et pourtant, tout un espace de réflexion reste à définir, c’est là l’importance de la rhétorique; car la logique formelle peut bien traiter une phrase lorsqu’elle est propositionnelle, mais lorsqu’elle ne l’est pas, la logique formelle s’arrête. Quand une phrase est exclamative ou interrogative, elle n’est pas objet de la logique, c’est la rhétorique qui s’en occupe, pour cette raison, elle est le germe de la linguistique moderne.
Mais ce qui m’intéresse ici, c’est que notre manière de réfléchir et les règles qui font marcher cella, ne sont pas forcément formelles, elles sont plutôt plurielles et vont entre le formel et l’informel, il en résulte que la réalité est toujours inachevée, et que le sens est molle .Une réalité peut bien être intelligible, mais pas forcément rationnelle. Ceci n’a pas été prise en bonne considération par Descartes. Il a fait de son mieux pour mettre une taxinomie de la pensée pour y mettre de l’ordre, seulement tout est bâti sur l’évidence, et c’est bien de là que commence les problèmes, c'est-à-dire que Descartes n’a pas réussi à faire une table totalement rase. La métaphysique avec sa dualité reste dominante et imposée dans sa philosophie. On comprend bien pourquoi Lacan a trouvé beaucoup de faciliter pour détruire ce cogito.
Je pense qu’à partir de là, Kant a fondé ses trois critiques, son but était de renforcer ce rationalisme et traiter ses trous, en formalisant les trois axes de la métaphysique. Le savoir est soumis à la transcendance du sens. Un sens tellement formel qu’il est devenu indiscutable; mais Kant devait faire face à un problème très difficile à surmonter: Comment faire avec la notion de temps et de l’espace ? Pire encore, comment faire avec les notions telles que: Liberté, âme, dieu, morale … etc, pour les premières il a trouvé refuge dans le concept de l’a priori, mais cela ne pouvait pas tenir longtemps avec l’évolution rapide des sciences physiques: Einstein! Pour les secondes il a trouvé l’idée de l’impératif, cela aussi n’a pas pu résister à l’évolution des sciences humaines: La sociologie, la psychologie, la politique. Mais comment peut-on admettre l’idée de l’art pour l’art, ou le devoir pour le devoir ? La morale pourrait elle s’imposer en tant qu’impératif ? Et comment peut on accepter l’idée d’un Noumène qu’on ne peut pas comprendre, en échange d’un Phénomène apparent et accessible au savoir ? Kant n’a pas pu dépasser la philosophie cartésienne! C’est à dire sa métaphysique.
La symphonie de Hegel commence à partir d’une dimension tout à fait nouvelle, que les autres n’ont pas pu remarquer: L’histoire. Il est vrai que Kant avait implicitement posé cette question, en se demandant ce qu’est le « Présent », mais celle-ci, n’a pas été clairement traitée par lui. Par contre Hegel a commencé de là exactement, et c’est à lui que revient la philosophie de l’histoire. La pensée de Hegel n’est pas facile à réfuter, parce que là oû on croit l’avoir bien chassée, on la trouve défiante et persistante. Cette force revient exactement à sa philosophie de l’histoire. Hegel a donc donné le dernier souffle à la métaphysique en y introduisant cet aspect révolutionnaire qu’offre l’histoire.
« La raison gouverne l’histoire » ainsi, a-t-il pu reporter la fin de la métaphysique, cela veut dire, qu’il n’est plus question de voir les choses en état stationnaire et dogmatique, mais en mouvement, en dialectique que nul ne peut arrêter, cependant ce qui est Noumène finit par devenir Phénomène, ainsi la connaissance est infinie et surtout ascendante, la vérité n’est plus inaccessible, elle est plutôt un devenir qui ne cesse de se révéler. Nous sommes devant une philosophie bien révolutionnaire et trop rassurante! Mais oû est le problème alors !?

a - La squelette de toute la philosophie de Hegel est faite à partir du christianisme; la parole de Dieu semée dans l’utérus de Meriem, cela donne un homme qui représente la connaissance de Dieu qui sera,elle, prêchée et répandue au sein de l’espèce humaine pour lui monter le savoir divin. L’histoire des hommes, de ce coté, ne sera que le passage déterminé de l’ignorance vers la connaissance. La philosophie de Hegel est l’aspect philosophique du christianisme. La trilogie prend la forme de Dieu, femme, homme, c'est-à-dire thèse, anti-thèse, synthèse. Parce que cet homme réalise la présence de Dieu sur terre.

b - L’absolu est le pilier de sa pensée, un absolu vers quoi aspire toute vie, face à un relatif humble et méprisable. L’absolu est une fin vers laquelle va le sens de l’histoire. L’individu ne compte rien dans ce processus, même les grands hommes, ne sont que des éléments que l’histoire utilise pour réaliser l’absolu.

c - Le finalisme est l’élément primordial qui fait bouger l’histoire. C'est-à-dire, qu’il y a là une fin incomprise que l’histoire veut réaliser. Cette fin est bien la volonté de Dieu sur terre, qui s’accomplit sans cesse.

d - Le progrès est donc une destiné de l’existence que rien ne peut empêcher; les guerres, les conflits sanguinaires, les grands changements sont nécessaires pour cette réalisation de l’absolu, et l’homme n y est pour rien, sauf pour mettre en application cette destiné avec ce qu’elle peut porter de malheur ou de bonheur, peu importe.

e - Mais cet absolu s’est réalisé en religion avec le christianisme, en politique avec le règne de son Roi, en philosophie avec lui. C’est vers tout ça que tendait sa philosophie pour s’arrêter.

Ainsi, se termine la révolution de Hegel, et nous pourrons trouver dans ces propos, une introduction, qui permettra une réaction violente, plutôt, un changement radical dans la philosophie, l'effondrement de la métaphysique.

6- L’effondrement de la métaphysique:

Cette inflation de la raison chez Hegel a provoqué une critique sévère des philosophes, non pas seulement contre l’idée de Dieu, le centre privilégié de toute métaphysique, mais aussi toutes les valeurs qui l’accompagnent; L’absolu, la morale, le pouvoir, la connaissance, ... ect, sans doute, l’évolution de la technique, l' apparition de l’énergie, l’évolution du commerce … a été un facteur très déterminant dans ce changement, mais la pensée, a sa propre raison et ses propres lois qui la font changer vers un tel ou tel sens, c’est ce que Louis Althusser appelait la pratique théorique. C’est une philosophie aigue et très critique qui a fait naissance, au détriment de toutes les autres et qui a marqué le modernisme, c’est une philosophie marquée par le même souci, celui de renverser la dualité. Nietzsche était le grand titre ou ce qu’on peut appeler un prolégomènes à la philosophie post-moderniste. Je peux dire qu’à partir de là, commence l’après Nietzsche.
« La croyance à la vérité commence avec le doute au sujet de toutes les vérités auxquelles on croyait jusqu’alors » Nietzsche.

3 – L’après Nietzsche:

1 – Dionysos contre le crucifié:

Hegel avait donc saturé la métaphysique, plus rien ne peut être ajouté; Kierkegaard a trouvé que Hegel avait parlé de tout sauf de l’homme, de son intérieur, est ce là le début de la pensée existentialiste ? Je crois que oui. Marx s’est dirigé vers un autre angle: La lutte des classes. Il a bien apprécié la dialectique, mais a fermement refusé qu’elle soit animée par une raison intelligente qui se dirige vers un but suprême, ambigu et universel. Sa réponse était dans l’économie et les conditions humaines; ce qui fait bouger l’histoire c’est cette contradiction qui produit la plus value entrainant la richesse des uns et la misère des autres, donc une lutte interminable qui fait bouger l’histoire. Il faut construire la structure qui unifiera les exploités pour changer l’histoire vers une autre étape qu’est le communisme. La praxis au lieu de rester figé dans le monde des idées.
Mais la plus forte réplique à Hegel fût la philosophie de Nietzsche qui en a aboli l’essentiel:

a - Le christianisme (et avec elle les religions) qui constitue un blocage et une destruction de tout ce qui est humain, surtout sa volonté. L’Antéchrist n’est pas le contraire de christ, mais son dépassement, son renversement en tant que contre nature. Nietzsche était tout à fait conscient de sa tache, qu’il était un homme posthume, car en rejetant le politique, en exigeant de nouveaux yeux et oreilles, en allant chercher dans le labyrinthe pour y trouver et détruire avec mépris ce que l’humanité avait créée contre elle-même.

b - L’absolu n’est qu’une idée, et même une mauvaise idée, qui entrave la volonté de l’homme et sa puissance. Tout absolu devient relatif devant cette volonté acharnée de l’homme à se dépasser vers le meilleur, même si cela exige de faire face à la mort (Là on trouve l’esprit grecque).

c - Nul finalisme n’existe sauf celui de l’homme ou des hommes; le diable lui-même, en personne l’a dit à Zara: Dieu est mort à cause de sa pitié pour les hommes. L’homme doit en tirer profit pour se méfier de la pitié!

d - Le progrès! Ne serait-il pas une illusion ? L’homme du 19 ème siècle ne serait-il pas médiocre dans sa qualité ? Or la généalogie nous offre une autre façon de voir notre évolution.

e - Il est difficile d’admettre que la raison s’est finalement réalisée avec Hegel, ce sage parmi les sages, n’a fait que produire des valeurs, les embellir et les mètres dans la barque pour être pousser par le fleuve, c'est-à-dire la masse humaine qui coure avec sa force colossale.

f - Que veut dire donc l’effondrement de la métaphysique ? Ce n’est pas l’abolissement de la dualité, mais son renversement. La réalité n’est pas en haut, elle est plutôt en bas, sur terre, entre les mains des hommes, et c’est à eux que revient la création. L’illusion est en haut oû il n’y a que des interprétations inutiles!

Nietzsche a attaqué toute l’histoire de cette dualité, de Platon à Hegel, il a adressé violemment ses coups de marteau à tous les sages ( philosophes ) qui ont trouvé la joie d’installer les valeurs et leurs donner des noms et la respectabilité habile, pour semer l’impuissance et le doute chez les masses, et c’est là, leur volonté de puissance. Car la joie et la jouissance de ces sages passent par leur savoir et leur créativité des concepts qui maintiennent l’ordre et garantissent la soumission ( De là, la notion de Pouvoir développée par M .Foucault ).
« Le christianisme donna du poison à Eros : il n’en mourut pas, mais dégénéra en vice » F . Nietzsche.

2- Le philosophe du Danger:

Pourquoi Nietzsche a choisi de se présenter dans cette face à face « Je suis Dionysos contre le crucifié » ? Je trouve que c’est comme un grand titre à toutes ses œuvres. Une dénonciation et un refus à cette morale de soumission, d’anéantissement de soi; en échange d’une morale, non pas seulement de puissance, mais de dépassement de soi. Le Dionysiaque emporté par la joie face au crucifié battu par l’austérité de ses vertus; nous les immoralistes disait Nietzsche pour mettre l’accent sur cette confrontation. Mais il n’a pas oublié de s’intéresser à ce Dieu qui s’est déclaré le seul Dieu, en affirmant qu’il n’y a de Dieu que lui! Les Dieux grecs ont éclaté de rire pour ça.
« O grand astre quel serait ton bonheur si tu n’as pas ceux que tu éclaires » Cet appel dionysiaque à l’homme, est une incitation à la joie: Si l’homme a des instincts, des désirs, quel serait sa raison s’il ne réalise pas ce pourquoi il existe. Le crucifié l’appelle à s’interdire tout ce qui est nature en lui. Le surhomme n’est que l’homme avisé, capable de choisir la vision de Dionysos et de dépasser celle du crucifié. L’éternel retour n’est que cette nature infinie. La volonté de puissance n’est que cette résistance contre la peur, le ressentiment, l’angoisse d’être crucifié, c’est-à-dire d’être puni. L’homme avisé détruit les idoles. Le désir sexuel pousse l’homme par la passion à agir, alors il s’agit, peu importe les manières et les risques, d’aboutir à la jouissance qui, une fois acquise, le désir sexuel reprend: Voilà ce qu’est l’éternel retour. Cependant la morale du crucifié reste une contre nature, et le surhomme crée une autre éthique, une autre vision de la vie, de l’art, de soi ... etc.
En fait pourquoi Nietzsche employait à plusieurs reprises cette expression: Nous les psychologues ? Sans doute, ce sont ces malades de pitié, de chasteté, de dénouement et dévouement, de bonté et de toutes les qualités humaines, trop humaines! Ne faut-il pas soigner ces malades ? Or, dans les yeux doux de la pitié et de l’amour guette aussi la volonté de puissance, c’est-à-dire, la volonté d’investir l’autre et lui confisquer la puissance. Les sept péchés capitaux ne sont –ils pas, un des spectres de ce qu’est la volonté de puissance ? Je crois que la volonté de puissance est bien cette richesse grandiose dans l’homme qui le pousse à se rassasier de la vie, même si cela comporte un danger mortel, un risque de mourir. Je pense aussi que l’éternel retour est cette volonté qui ne peut que continuer, se perpétuer, se refaire infiniment, mais sous différentes formes, en employant tous les moyens, anciens et nouveaux, pour s’affirmer et s’imposer. La guerre est une simple idée en tête, mais elle est aussi ce phénomène qui ne cessera jamais de retourner éternellement sous différentes formes, avec de nouvelles valeurs. Oû est donc la répétition ? Pour changer l’exemple de dé, je dirai que lorsque je décide de rentrer au glaive, je fais face à la mort, et je parie avec ma vie pour le trophée, soit je meurs, soit je gagne, ainsi le veut ma propre volonté ( La volonté de puissance), et ça continue avec moi ou sans moi ( L’éternel retour ). A l’aube de l’humanité, les nobles étaient ces hommes toujours prêts à parier avec leurs vies, et ils ont mérité leurs statuts. La généalogie des nobles nous mène vers des tueurs libérés de pitié et de valeurs pareilles. Ainsi va la vie des gens au quotidien et pendant toutes les époques! Que le surhomme vienne pour affirmer ses droits sans avoir recours à la morale des sages. N’y a-t-il pas d’indice à cela dans notre troisième millénaire ? Napoléon disait « Dieu est avec ceux qui ont plus de canons », voilà que la volonté de l’homme transforme Dieu en puissance réelle, en canons qui produisent l’effet sur terre, et créent la victoire. L’après Nietzsche c’est ce pas géant dans le chemin qui mène au-delà bien et mal, parce qu’il est temps de parler droit au but, de parler sans mensonges, sachant que les valeurs morales sont nos propres créations, et comme nous les avons créées, nous pourrons les détruire pour en créer d’autres, car se taire est un poison qui nous tuera, et le silence dégénèrera notre espèce, alors que tous les vers de la terre ont donné de leurs mieux, alors nous devons dépasser ce qui est singe en nous pour mériter notre souveraineté.
« Qu’est ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance même. Qu’est ce qui est mauvais ? Tout ce qui vient de la faiblesse » F. Nietzsche.

3- Le dépassement de la métaphysique:

Notre monde n’est plus un simulacre, il est notre réalité que nous sommes capables de changer dans une lutte interminable. Nietzsche est l’auteur de ce renversement; une nouvelle époque vient de commencer alors, et des philosophes, que Nietzsche voyait venir, les philosophes du danger, vont continuer ce chemin grave. Sur un autre niveau, les sciences évoluaient sans cesse, dans tous les domaines, y compris le domaine humain, ouvrant d’autres perspectives, et réalisant d’autres découvertes qui feront disparaitre tout ce qui est resté de la métaphysique et ses ramifications. L’Ontologie n’a plus donc de place sauf dans les musées, et les valeurs de la peur ont cédé leurs places aux valeurs du gai savoir et de l’Antéchrist. Maintenant, nous assistons au deuil de la métaphysique!
Heidegger a tenté une confrontation philosophique très dangereuse: Reprendre la métaphysique pour en finir, reprendre le thème fondamental de l’Ontologie pour le serrer. Pourquoi y a-t-il l’étant et non pas plutôt rien ? Dans ce chemin épineux, Heidegger s’est montré très vigilant, minutieux, très soucieux de mettre la main sur le noyau dur de la métaphysique: L’être et l’étant en rapport avec le temps. Je crois qu’il a fini par trouver ce qui suit: La question sur l’être est une fausse question, l’être c’est ce qui est là. Ça pourrait paraitre rien et futile comme conclusion, mais « Dans la forêt, il y a des chemins qui, le plus souvent encombrés de broussailles, s’arrêtent soudain dans le non frayé. On les appelle holzwege.Chacun suit son propre chemin, mais dans la même forêt. Souvent, il semble que l’un ressemble à l’autre.Mais ce n’est qu’une apparence. Bûcherons et forestiers s’y connaissent en chemins.Ils savent ce que veut dire : être sur un Holzweg, sur un chemin qui ne mène nulle part » M. Heidegger. Certains, se sont précipités pour dire que c’est là une non possibilité de comprendre! C’est une très mauvaise lecture de Heidegger, mais voyons un peu: cette forêt n’est pas une impasse, un néant, puisque bucherons et forestiers s’y connaissent, ainsi pour la pensée, ceux qui s’y connaissent ont la facilité d’aller loin, très loin même.

Dans cette voie rude, déserte, tortueuse, des philosophes graves, vont continuer leur chemin pour amplifier et investir le nouveau monde de questionnements que Nietzsche a ouvert. Je crois qu’à partir de là, Foucault a développé les questions: Pouvoir, savoir, raison, déraison, éthique, la sexualité … etc; Deleuze a développé la question du sens et les strates de la pensée, et c’est un travail qui marquera ce siècle; Derrida, la question de la trace, du pharmacon, de la différence. Dans la pensée allemande: Theodor H. Adorno, Hans Georg Gadamer, Jurgen Habermas: Les questions du politique et de l’agir communicationnel.

TRIBAK AHMED