26.8.07

Foucault et Nietzsche : 3 – Le pouvoir :



La volonté de puissance :

Les concepts de Nietzsche sont indissociables, on ne peut pas les voir séparément, cela emmènerait à une confusion totale, c’est que volonté de puissance, surhomme et éternel retour sont trois choses qui ne se comprennent qu’en étant ensemble.

La volonté de puissance dans l’homme, est enracinée, elle est sa fin, à laquelle, il ne peut jamais renoncé ; il se met dans un enjeu extraordinaire et interminable, pour la réaliser, même si cela menace sa vie. Cette volonté de puissance est elle qui anime les gens et l’histoire. L’histoire ne bouge que par cette puissance qui crée les événements, les lois, la morale et les valeurs. Et quand l’esclave ou le vaincu parle devant le vainqueur, et lui supplie la pitié, il ne fait que exercer sa puissance pour renverser les rapports de forces et les statuts. Derrière les mots d’amour et de pitié, gite une puissance mortelle pour la victoire et le trophée. Il en résulte que les valeurs morales sont une création de l’homme, ou plus tôt, produits de conflits des volontés de puissance qui ne s’arrêtent jamais.

Les grecs montraient clairement cet aspect de l’homme ; la guerre, la victoire, la confrontation et la valeur honorable qu’on accordaient a ces valeur, toute cela étaient chez les grecs anciens, les plus importantes vertus que l’homme devait chanter, et sans doute, les récits de Homers étaient des symboles de cette vision qui considérait le monde comme une scène de lutte, de défi et de l’affrontation de la mort. L’homme grec est allé jusqu’à l’affrontation des dieux et de l’accouplement avec eux.

Le dieu grec était très proche de l’homme jusqu’à avoir des liens de paternité avec lui. Cela veut dire que l’homme grec a approché les dieux ; ce n’est donc pas imprévu que le christianisme vint de cette tradition culturelle, psychologique et sociale. D’autres parts, cette vision sur les dieux a facilité le chemin pour l’apparition de la philosophie, c’est que la philosophie ne peut pas naitre d’une pensée vaincue et soumise, mais plus tôt, d’une pensée qui croit à l’homme et à sa volonté de puissance. Pour cette raison, Nietzsche s’est dirigé vers la mythologie grecque, il y a trouvé tous les gènes culturels et philosophiques de la pensée occidentale. Je suis, disait Nietzsche, Dionysos contre le crucifié. Il savait parfaitement ce qu’il disait et de quoi, il avait affaire ; il avait consacré toute sa vie à contredire fortement le christianisme et les valeurs qui consistent à parler d’un dieu posant des lois à l’humain et lui demandant de se soumettre et de déclarer l’échec devant les lieutenants de dieu et leurs institutions. La généalogie est un retour à la pensée grecque, et ce n’est une coïncidence, mais c’est plus tôt, une recherche chez ceux-là, pour y voir ce qu’ils ont créées comme lois, or Dionysos habillé par Nietzsche, est une démystification de toute cette histoire culturelle qui a dérangé la vie humaine. La volonté de puissance n’est pas une énergie, elle est cette nature insurmontable et irréductible chez l’homme.

Le surhomme :

On avait confisqué à la civilisation grecque son immédiateté, et elle a été soumise à une déformation qui lui a ôté ce qu’elle avait de noble, surtout lorsqu’elle faisait place à l’homme à coté de dieu. Pour cette raison, il y avait une grande nécessité à cette violence expressive de Zarathoustra : je vous enseigne l’homme… jadis, vous étiez des singes et maintenant, vous êtes plus singe que le singe lui-même…tous les verts ont donné leur forme extrême. Et vous, vous voulez retourner à l’animal au lieu d’aller vers l’homme ; le singe est la honte de l’homme …je vous enseigne le surhomme.

Le surhomme est cet homme qui doit récupérer sa liberté vis-à-vis de la morale du ressentiment, et vis-à-vis des valeurs de soumission devant les créateurs des valeurs ; c’est lui l’homme qui a compris que nul ne le dépasse et qu’il doit renverser les statuts du ciel et de la terre pour que cette dernière reprenne la parole.

Le surhomme est cet homme qui sait que la vie est tragédie et guerre interminable contre la nature et ses secrets, et se contente de cela, c’est l’homme de l’optimisme tragique. C’est lui qui sait que la vérité et son invention et rien d’autres, c’est lui le constructeur des valeurs, et il en est le destructeur chaque fois qu’il y a nécessité pour cela. Il est temps pour que les lieutenants de la religion et les philosophes, créateur de mensonges, de quitter la scène pour donner lieu à l’homme, le seul créateur. Le surhomme n’est pas un concept ou une valeur absolue ou un être à venir d’un néant ; il est tout simplement ce que l’homme et ce qu’il doit être, après que les mensonges se sont démolis ; c’est l’homme qui entre à la scène pour la victoire quelque soit le prix.

C’est ce que Nietzsche a voulu dire et a montré, après avoir compris l’aspect directe des anciens grecs et le recul de la valeur humaine devant les productions des sages qui ne visaient qu’une seule chose : la volonté de puissance chez l’homme.

L’éternel retour :

Sans doute, ce mot de retour a été la cause de beaucoup de malentendu à propos de Nietzsche. Mais ce malentendu revient au fait qu’on n’a pas essayé de comprendre la notion de temps chez Nietzsche. La notion de retour fait référence à la notion ordinaire de temps, l’idée de l’éternel fait aussi allusion à l’absolu ; mais cette allusion n’a aucun rapport avec Nietzsche.

Chez Nietzsche, il n y a pas de retour, ni d’éternel ; pour qu’il ait un retour, il doit y avoir quelque chose qui retourne, mais cette chose n’existe pas. Ce qui retourne c’est cette chose qui a différencié, qui est devenue différence ; ce qui retourne c’est donc la différence ; il y a une répétition de la différence et non pas l’identique ; la différence retourne et non pas l’identique. L’identique ne retourne pas, mais c’est le différent qui retourne éternellement. Nous sommes devant une différence qui ne cesse de retourner. L’éternel retour est le retour de la différence qui est pluralité ; et lorsque Nietzsche parle d’éternel retour il ne parle que de cela. On voit donc comment Foucault a posé la question du présent de l’homme à partir de l’esprit Nietzschéen.

On peut dire vraiment qu’il y a la pensée d’avant Nietzsche et la pensée d’après Nietzsche, et cela veut dire qu’il y a un changement radical au niveau de la pensée philosophique, et qui se caractérise par le détachement total vis-à-vis de la philosophie de Hegel, qui elle, est restée naïvement dans la philosophie de sujet, la philosophie de la présence, dans la notion Aristotélicienne du temps. Nietzsche est le point où s’est faite la rupture dans la philosophie ; d’où l’arrivée des philosophes de danger, comme Foucault, Derrida, Deleuze. Foucault a pris de Nietzsche, sa généalogie, sa vision sur l’homme, sa critique de la morale, sa vision sur la puissance, sa vision sur l’identité et sur la différence …etc. Ainsi, Foucault est le prolongement de Nietzsche dans cet horizon qui est la pensée post-moderne.

TRIBAK AHMED

19.8.07

Foucault et Nietzsche : 2- La problématisation



Foucault tenait un sérieux dialogue avec cette longue discussion qui tournait au sujet de la notion de profondeur 1 ; notion illusoire que Nietzsche avait si tant débattue 2, ce dernier refusait toujours cette fausse notion de profondeur des idées et de l’inconscient comme étant une arrière existence, cette profondeur qu’il a montrée lui, qu’elle n’était qu’une invention fausse des philosophes, de Platon à Hegel.

Nous sommes là, devant une conception nouvelle de ce que voulait représenter en effet pour lui l’illusion d’une profondeur 3, ou de l’idée d’une profondeur, nous sommes aussi devant un refus catégorique de cette illusion qu’on ne peut plus accepter ; Nietzsche avait la tâche de détruire cette illusion, pour une pensée libre et vigilante, juré à mettre en dehors de la pensée tout ce qui relève ou fait référence à cette idée trompeuse, même si cela entrainait la destruction de la figure fragile de l’homme. Il n y a qu’un seul monde, c’est celui de la terre, et ce que nous nous faisons sur ce monde est tout simplement notre propre interprétation, et c’est bien cette interprétation qui fait la pluralité des sens. Or, ce concept d’interprétation change tout dans l’horizon de la pensée philosophique : la vérité est plurielle, nulle vérité n’est absolue ; cependant, le devoir du philosophe est devenu celui de dire vrai, et c’est cette notion que Foucault prend et adopte avec beaucoup de détermination. Il ne s’agit plus de dire la vérité, mais plus tôt de dire vrai. C’est donc toute la base métaphysique de la philosophie classique qui est renversée.

Mais finalement, pour revenir à la question de l’homme et de l’humanisme : où est le problème, s’il est question de rendre à l’homme, chez Nietzsche et chez Foucault, sa vraie valeur au détriment des illusions que la pensée philosophique classique a produites et a inculquées pendant des siècles ?

Et si cette mise en valeur de l’homme n’empêchait pas ce dernier d’être lui-même objet de son savoir ? C'est-à-dire que l’homme dont Foucault a signalé la mort et la disparition, n’est que l’homme conceptuel transcendant à l’expérience et entouré de valeurs illusoires, c'est-à-dire l’homme de la philosophie classique. Alors que l’homme, celui de Nietzsche et de Foucault, comme valeur sur terre est bien celui à qui on a redonné la valeur, qu’on a revalorisé ; au lieu des idées fausses saturées de notions de profondeur, Foucault s’est dirigé vers les surfaces où gîte l’homme.

La notion de profondeur prétend la recherche de la vérité réelle dans le fond, mais Nietzsche a montré comment la croyance à cette profondeur entraîne la soumission et la croyance aux faux masques du réel, où celui qui interprète le réel doit descendre vers le bas de la ligne verticale, pour montrer que ce fond est contrairement à ce qu’il montre, c’est que ces profondeurs ne sont enfin que le secret absolu de ce qui est à la surface. Or ce que Foucault a fait, c’est exactement ce travail qui consiste à montrer que le fond n’est que la surface elle-même.

Ce que Foucault s’est décidé de faire dans son parcours, c’est de considérer que la pensée empirique, est une problématisation, et que le savoir, le pouvoir et le sujet, sont les trois piliers de toute problématique ; il n’est pas parti de la raison occidentale, mais de son revers, parce que le cogito ne permet de penser, que ce qui est pensable, or lui, il tente de penser l’impensé dans cette raison, en cherchant dans ce qui n’a jamais été objet de recherche. De toute cela, on comprend ses ouvrages : « Histoire de folie », « Les mots et les choses », « Surveiller et punir », « L’ordre de discours » …etc.

Pour Foucault, la seule chose qu’il faut chercher dans l’histoire des sciences en France, comme dans la pensée critique Allemande, c’est le justement et la mise en question, de cette raison qui porte en elle et dans sa structure, l’histoire des dogmes. Cette raison donc, ne peut pas nous libérer qu’à la seule condition de se libérer elle-même. C’est pourquoi, il était quasi important d’aller vers ces choses qui sont restées pendant très longtemps, loin de la recherche et de la réflexion.

Dans ce chemin, il n’a fait que reprendre le même chemin de Nietzsche, et qui consiste à déconstruire et à questionner les axiomes et les évidences. Il disait lui-même, quand je parle de Kant et Spinoza, Pascal ou Goethe, je sens leur sang jaillir dans le mien. Schopenhauer et Paul Rey étaient sans doute au début, ceux qui l’ont poussé à penser l’origine de la morale : Quelle est cette origine à laquelle il faut réduire ce que nous avons comme idées sur le bien et le mal ? Et pourquoi l’homme avait-il créé ce double critère et pour quelle raison ? Quelle est la relation de ces critères avec l’évolution de l’homme ? Sont-ils deux simples principes passagères résultant de la misère de l’homme où sont-ils signes de joie et de puissance chez lui ?

L’homme est au centre de la philosophie de Nietzsche, et Foucault a dirigé toute sa philosophie sur le même centre d’intérêt, en problématisant le présent, c'est-à-dire, en en faisant une problématique 4, et c’est pour cette raison qu’on l’appelle le philosophe de présentisme ou le philosophe en acte. Ce sont les concepts de Nietzsche : volonté de puissance, surhomme et éternel retour, qui ont donné chez Foucault sa philosophie sur : Le pouvoir, la vérité, la généalogie, l’archéologie, l’humanisme critique …etc. Cela en plus de l’influence de Heidegger sur d’autres niveaux.

Je pense qu’il faut cesser de voir dans la philosophie de Nietzsche un nihilisme dont je n’ai pas trouvé de trace ; dans Zarathoustra, comme dans tout les autres ouvrages, je n’ai trouvé que la valorisation de l’homme et l’appel à la vie et au savoir vigilant ; Foucault a bien compris cela, et en a tiré sa philosophie sur le pouvoir et sur l’histoire des mensonges, appelant l’homme à mieux connaitre les astuces de pouvoir et ses effets, pour mieux créer et faire la vie, où l’individu peut trouver sa place.

TRIBAK AHMED

1- Foucault M. « L’ordre du discours » Gallimard 1977.

2- Foucault M. « Nietzsche, Freud, Marx » Minuit 1967.

3- Nietzsche F. « Aurore » Idées/Gallimard 1970.

4- Ewald F. « La philosophie en acte » Magasine littéraire, n°435 oct. 2004.

11.8.07

Foucault et Nietzsche



Dans cette série d’articles, il est questions d’analyser le rapport entre Foucault et Nietzsche, ce rapport qui est décisif dans le parcours philosophique de Foucault, et que lui-même n’a pas cessé de dire. J’essaierai donc d’aborder en plusieurs articles ce rapport.

Foucault et Nietzsche : 1- L’humanisme

Foucault disait à propos de l 'humanisme, qu’il ne fallait pas confondre entre la chaleur fausse, résultant des concessions, et la froideur appartenant aux vraies affections. Les vrais écrivains pour lui étaient Nietzsche et Sade qui critiquaient l’homme très sévèrement, mais qui étaient les plus riches en affectivité 1.

Je pense que Foucault ne s’est pas arrêté à la limite d’apprécier Nietzsche, mais il a assimilé le rapport de Nietzsche avec l’homme et le statu tragique de ce dernier qui fait face à face à son destin, et sa lutte interminable pour la vie. Il ne s’agit pas pour Nietzsche de surestimer l’homme ou de le sous-estimer, mais il s’agit de constater son statu contradictoire, d’une part il est le sujet, et d’autre part, il est le chercheur, il est le jugé et le jugeant, cependant comment garderait t-il son objectivité et sa rigueur scientifique. Il est le destructeur et le constructeur, l’esclave et le seigneur.

Depuis des siècles, l’homme fût le prisonnier des valeurs impérialistes qu’engendrait la philosophie classique dont le maître reste toujours Platon ; et aussi, il est temps pour lui de jouer son rôle naturel de se gérer lui-même, et de créer ses propres valeurs qui seront convenables et conformes à sa volonté, que nulle volonté n’existe en dehors d’elle, volonté de puissance, volonté d’aboutir à son extrême. Sans doute, cet amour pour l’homme est exactement lui, qui fait de Nietzsche ce philosophe dont la sensibilité et le sens révolutionnaire est si haut et si noble ; refusant tout ce qui a été dit et produit avant lui sur les valeurs humaines fausses et dégradante.

L’humanisme de Nietzsche est si fort qu’il suggère deux trajectoires parallèles, mais non contradictoire qu’on a souvent laissé entendre par ses critiques, son humanisme offensif et critique, si violent, sans détours à l’égard de l’homme qui n’a pas su se respecter et se valoriser comme il se doit. Il l’incite à mériter son statu de créateur. Cet humanisme a été mal reconnu et mal compris, il n’a pas bénéficié de sa vraie valeur qu’après un siècle.

Foucault avait compris ce qu’il y a chez Nietzsche comme valeurs courageuses et dignes de respect total, et il les a adoptées ; c’est pourquoi, et à partir d’elles, il a posé les questions sérieuses et violentes qui intéressent l’homme et son futur, à partir de ce qui court au présent. Tout ce qui dérange l’évolution de l’homme doit disparaître, autrement dit, l’homme doit atteindre son sommet, même si ça menace sa vie ; c’est que l’objectif naturel et extrême de l’homme est de se distinguer de sa nature primitive et innofonsive, et de réaliser ses victoires sur la nature et sur lui-même.

Vous l’appelez volonté de vérité, disait Nietzsche en s’adressant aux philosophes, cette vérité qui vous pousse, ô grands sages parmi les sages, à créer des valeurs, mais c’est une vérité de puissance ce qu’elle est, vous avez créé des valeurs et vous les avez imposées aux gens en leur donnant de jolis noms ; cette vérité doit disparaître ! il faut tout détruire car nous avons beaucoup de choses à construire même si cela appelle des souffrances pour nous, car, cacher des vraies vérités est pire, et les vérités que nous cachons deviennent poison, que tout se détruise alors, cria Nietzsche 2.

Dans ce texte, qui est d’une extrême importance, nous trouvons le plus dur de ce que Nietzsche avait prononcé, en critiquant toute l’histoire de la philosophie et ce qu’elle cache en elle de faux et d’illusoire. Il ne s’agit pas d’un appel poétique, mais d’un cri aigu, adressé à l’homme pour se dépasser et dépasser l’histoire des mensonges, et renverser l’histoire des illusions que les philosophies avaient apportées à l’homme. Et ce pour placer l’homme à la place de dieu qui a longtemps régné, empêchant l’homme de progresser.

Pour cette raison, je crois que le philosophe qui a le mieux rendu à l’homme sa valeur et sa liberté de toutes les contraintes est bien Nietzsche, lui qui a été, à tord, considéré comme nihiliste. Je peux dire là, que Nietzsche a été sans doute, le philosophe fondateur du nouvel humanisme post-moderne. C’est pourquoi, je considère que Foucault était l’un des premiers à remarquer cela, c'est-à-dire, à remarquer cette mutation de l’humanisme basé sur les illusions à l’humanisme critique, courageux et riche en affectivité. A partir de cet appel constructif chez Nietzsche, basé sur la vigilance, Foucault a pu poursuivre le chemin, mettant l’homme face à lui-même, sans avoir besoin aux valeurs trompeuses et majestueuses que Nietzsche avait dévoilées comme je les ai citées au début de cette article.

Au lieu de l’humanisme d’obéissance, Foucault a préféré construire un humanisme basé sur la froideur qui distingue les philosophes des systèmes ; il a préféré l’humanisme réaliste qui décrit la réalité et la décamoufle, et incite au changement, insistant sur le rôle majeur de l’homme dans la vie, l’homme créateur, au lieu de l’humanisme exagéré qui transforme l’homme à l’état négatif ; il ne faut donc pas confondre la soumission chaleureuse des utopistes à la révolution des philosophes des systèmes. Je pense ainsi, qu’il faut penser à la politique en parlant de l’opposition qui met Foucault en face de ses critiques, eux qui étaient encore sous l’influence du Marxisme et de l’existentialisme de la fin du vingtième siècle.

En général, l’homme occidental avait déjà répudié la théologie du 19ème et 18ème siècle, et l’a mise dans un lieu limité et a appelé cela le laïcisme. Mais les marxistes rêvaient encore d’un humanisme libérateur de l’homme, or ce marxisme n’a pas franchi un pas que pour donner un système totalitaire, plus despotique, plus violent. Les existentialistes n’étaient pas mieux à ce propos, ils sont restés prisonniers de leurs cercles étroits ; ce explique le rejet total qui a été exprimé à l’égard de Foucault.

TRIBAK AHMED.

1- Foucault « archéologie de savoir » édit. Gallimard.

2- Nietzsche : « Ainsi parlait Zarathoustra » édit. Gallimard.

31.7.07

Relation homme et femme




« les instincts qui ne se libèrent pas, retournent contre nous » Nietzsche.

Je pense en général que, non seulement la notion de vie conjugale est dépassée, mais aussi la notion de vie de couple. La problématique est beaucoup plus compliquée pour la régler par une théorie ou la réduire dans un simple code juridique. La relation homme/femme pose une série de problèmes à plusieurs niveaux, à titre limitatif, on peut dire qu'il y a trois niveaux dans cette relation : 1- Le niveau conjugal. 2- Le niveau affectif. 3- Le niveau sexuel.

1- Le niveau conjugal : C'est ce niveau établi par l'état depuis son apparition, et durant l'histoire, et aussi selon les cultures, il a pris des formes toujours différentes et relatives.

2- Le niveau affectif : C'est ce niveau amourologique, sentimental qui s'installe entre un homme et une femme, où règnent émotion, attraction, dépendance, ...Or il est vain de vouloir comprendre scientifiquement comment cela arrive et pourquoi ? C'est même irrationnel, c'est à dire incompréhensible, ou tout simplement, ça échappe à la raison.

3- Le niveau sexuel : C'est ce niveau où il est question de manifestations corporelles, où il est question d'envie charnelle, de déduction, d’attraction. On peut bien distinguer entre deux qui se contactent formellement pour exercer un contact sexuel pur et simple, et deux qui se rencontrent pour parler, échanger des mots d'amour et faire ou non le sexe.

Il est presque impossible que les trois niveaux se réunissent chez un couple ; un ou deux niveaux restent toujours absent dans le même couple, ou alors disparaissent avec le temps. Cela veut dire, que la structure de mariage n'est pas capable d'assurer tous ces niveaux, d'où l'échec de cette structure comme on peut voir et recenser dans la vie sociale des gens Le mariage est donc ce lieu où il est question d'organiser, de canaliser , de mettre en ordre quelconque relation homme et femme, de là, le commencent des maux et des souffrances, parce qu'une fois marié, on est obligé de se soumettre à des règles limitatives de la vie intime de chacun, et de sa liberté. Personne n'est capable d'offrir à son partenaire une durabilité infinie et dans l'affectivité, et dans la sexualité et les éléments de la conjugalité. On peut bien réussir un niveau ou peut être deux (c’est peu probable), mais jamais les trois niveaux.

La vie, strictement conjugale, est plus favorable pour une continuité plus longue, et souvent à partir d'un compromis sous-entendu ou caché .Quelqu'un peut-il dire et prétendre qu'il va assurer une affinité à l'autre dans l'envie sexuelle et l'affectivité !? Ce serait ou bien un dire simpliste, naïf même, ou alors une hypocrisie flagrante. Ce qu'on a beau aimer appeler « infidélité » se trouve basiquement au fond de nous en tant que phénomène naturel et vital, très positif même pour notre existence.

La vie affective, a par contre une durée de vie limitée et moins résistante pour la continuité, elle peut être plus longue, comme elle peut être très courte, car l'effet du quotidien, et l'effet de l'évolution de la personnalité font un impacte fort et déterminant, ou alors cette affectivité change et se déplace dans sa forme et sa portée ; dans un couple homme et femme, la relation est vouée à devenir une animalité, une fraternité, ou alors une haine ! L'élément sensuel et séducteur diminue ou disparaît complètement pour laisser place à ce qui est cité ci-dessus. Plus un couple dure, plus la séduction et la sensualité se dégrade." L'infidélité" ou tout simplement, la volonté d'être mieux, de sentir encore le plaisir et ses frissons, ou pour mieux dire, la volonté de ne pas mourir, prend normalement place et règne pour la continuité de l'individu dans la vie.

La vie sexuelle, a une autre dimension beaucoup fragile, relativement plus courte dans la vie des gens. Elle est de nature réactionnelle, c'est-à-dire, une réponse psycho biologique à un besoin, lui aussi imprévu, répondant à une envie plus profonde dans notre vie intérieure. Dans une situation donnée, la réaction envers un charme devient persistant et imposant. Cette réaction qui fait bouger les organes et le corps de l'individu est incompréhensible, mais vraie ; tellement vraie qu'elle pousse vers l'exercice et l’accomplissement. Mais cette réaction, selon la nature de l'être humain, est très riche et plurielle. Un homme ou une femme, peut bien avoir l'envie féroce de faire le sexe sans pour autant avoir la moindre sensation affective !

Voilà pour le moment cette introduction , pour passer aux différents paramètres de cette problématique qui est la relation homme et femme, et je parle là, de cette question précise sans minimiser, ni valoriser les autres aspects de cette relation.

1 - Le niveau conjugal :

Cette vie est supposée permettre à deux êtres humains des atouts et acquis érotique et sexuel et une stabilité durable à ce niveaux, ainsi qu’un bonheur merveilleux et assuré.

Mais cela reste tout de même implicite dans les discours énoncés par les religions et les autres systèmes de la même nature. Aucun texte religieux ne prononce clairement, que l'objet du mariage est la sexualité et l'affectivité, on y parle plutôt de fécondation, de production de l'espèce humaine, de la vie saine, de l'ordre ...; on peut déceler quelques fragments parlant du sexe, mais c'est toujours selon des règles limitatives et canalisant. La sensualité, l’érotisme, le plaisir, l’orgasme, la séduction ... etc. ne font jamais objets ou visées dans ces textes ; on parle de chasteté, de fidélité, de partager le pire et le meilleur, d'engagement à vie. La notion de devoir et d'organisation constitue la plus grande préoccupation de ces discours.

Et pourtant dans le passé de l'humanité comme dans son présent, les souffrances, les maux sociaux, les douleurs des hommes et des femmes étaient toujours à cause de ce rapport réglé et canalisé, la femme en avait la part de lion. Dans certains systèmes religieux, la femme est totalement absente à ces niveaux, et avec ce fait, le plaisir sexuel, ses prolongements et l'affectivité étaient aussi totalement absents. La sexualité dans ce contexte ne permettait jamais la créativité et la satisfaction ouverte et libre, pour remplir ce vide on a toujours laissé passer sans confirmation la " Prostitution ".

La prostitution jouait donc le rôle de l'équilibre au sein des sociétés, sans être reconnue, au contraire ; la loi jouait un double jeu vis-à-vis d'elle, en la réprimant sévèrement tant tôt, et la laisser faire tant tôt, en fermant les yeux. Cette paradoxe exprime la déchirure irrationnelle et déraisonnable existante dans ces systèmes prétendant la morale; en fait, c'est qu'ils ne sont pas arrivés à résoudre cette problématique : homme / femme, leurs théories sur le mariage n'ont fait que camoufler et légitimer une prostitution gratuite et gâchée où des sujets sont soumis à des supplices, viols, frustration permanente, investissement atroce de leurs corps ; mais vainement les vertus formellement construites essayaient de calmer les âmes enflammées par le désir et l'envie, notamment sexuels.

La vie conjugale reste et perpétue cette structure où l'exercice du pouvoir abusif constitue la règle, au détriment de ce qui est propre et droit chez l'être humain : Le droit à la sexualité et la jouissance inconditionnelle. Nietzsche en disait à raison que " Le concubinage a été corrompu par le mariage » il trouvait en lui, un lieu d’impureté, le mariage et sa morale " est une contre nature ". Je pense que nous sommes en train d'assister dans notre époque à l'effondrement total de cette institution qui n'est en fait qu'une réflexion, un petit simulacre de l'état. Ce dernier étant la source, le début et l'inventeur de cette anomalie : Le mariage.

2- le niveau affectif :

En principe, une relation conjugale, commence par un lien affectif ; dans certains cas, même ce lien n’existe pas, et la relation conjugale débute sans même cette force initiale, ce mariage est certainement voué à l’effondrement. Or, dans le mariage qui commence par une charge affective intéressante, la relation homme / femme a plus de chance de connaître une durée importante ; seulement avec le temps, selon le cas, le taux d’affectivité diminue, et cette relation, devient de plus en plus, normale, fraternelle, et sans aucune motivation. C’est là que l’évolution de couple, prend un autre aspect : le devoir ! les contraintes des vertus résidant dans la culture des deux, et généralement dans la culture sociale, cette culture qui devient une sorte de prison et d’atteinte au droit individuel des uns et des autres. Mais cette affectivité joue un rôle dans la continuité du couple souffrant, elle peut empêcher la rupture, mais pas la volonté des partenaires qui essaient de trouver refuge dans ce qu’on appelle l’infidélité, et c’est là que chacun commence à chercher d’autres expériences et d’autres horizons.

Le rôle de l’affectivité est celui de rendre cette rupture moins difficile, moins tragique dans le couple, mais la tragédie se fait, dure dans certains cas, douce dans d’autres cas, selon le degré de cette affectivité, et selon la culture des deux personnes. Il arrive que chez certains couple, les deux personnes arrivent à une entente, implicite ou explicite, à tolérer la liberté sexuelle extra-conjugale. Dans d’autres cas, le jeu se fait plus ambigu et plus scandaleux. Mais la question qui se pose chez chaque individu est la suivante : Pourquoi dois-je rester contraint de faire taire mes désirs et mes fantasmes ? est-il possible et nécessaire d’accepter sa mort sexuelle et la fin de ses désirs ?

Il est vain de nier la légitimité de ces questions, car même en les niant, elles ne cessent de se poser dans notre horizon ! plus encore, elles ne cessent de guider et d’orienter notre quotidien ! jusqu’à ce que l’individu ait le courage de faire son premier pas dans ce que la culture sociale appelle l’infidélité. Or cette infidélité devient ce qui permet à la personne de se voir renouveler et pencher joyeusement sur la vie.

3- le niveau sexuel :

Le sexe dans la vie de l’homme est quasi important, c’est l’un des composants les plus décisifs dans la vie humaine, malgré les discours moraux qui essaient de minimiser son importance. Les effets de son absence sont d’une extrême gravité. Paradoxalement, les systèmes de valeurs sont toujours restrictives quand t-il s’agit de la liberté sexuelle ; il en résulte que la vie des gens bascule vers l’insatisfaction et la mauvaise qualité de vie. Les maux sociaux augmente et la désolation devient le rythme de routine.

La sexualité n’est pas une donné de luxe, de laquelle on peut se passer, elle n’est pas non plus un phénomène que nous pouvons maîtriser ; au contraire c’est un besoin vital et absolument nécessaire, sans lequel la vie des gens devient handicapé et moins humaine ; la psychanalyse en a montré l’importance insoutenable.

La sexualité n’est pas faite seulement pour la fécondation, cette dernière en est un des résultats ; mais elle faite pour la jouissance, le bien être, la joie, l’émancipation, le bonheur …etc, elle n’est pas seulement nécessaire, mais elle est absolument exigée, faute de quoi la vie humaine est dégradée. Pire encore, elle est objet de pluralité et de savoir faire, c’est pourquoi la vie de couple en est souvent dépendante. Or, les recherches scientifiques montrent que la sexualité a une durée de vie, elle ne peut pas être infinie, ni régulière, dans la plus part des cas, cette vie sexuelle ne résiste que pour quelques années, ainsi la relation homme et femme dans un couple devient pénible et indésirable, voire insupportable.

Dans les trois niveaux que j’ai abordés, c’est le niveau sexuel qui est le plus fragile et le moins persistant. Ainsi l’institution du mariage et contrairement à ce que nous croyons, est une institution contre nature et n’est pas utile pour l’homme ; ce dernier se voit contraint de renouveler sa vie sexuelle et de répondre librement à ses désirs légitime et naturels venant de sa nature qui n’est réductible.

Voilà pourquoi je crois que dans la relation homme / femme est très compliquée, c’est qu’elle répond à plusieurs niveaux, contradictoires et riche. Sinon, qu’est ce qui explique ce qui arrive dans nos sociétés ? s’agit des gens tout simplement « infidèles » ou des gens riches dans leurs intérieurs, luttant contre la mort, aimant la vie ?

TRIBAK AHMED

16.7.07

Corps et Pouvoir


1- Le Corps dans les espaces du Pouvoir :

Le corps de Damien a été déchiqueté en plein public, et sous le patronage du souverain. Cela parait insensé à première vue puisqu’on assiste ici à un crime où tout le monde participe, mais ce n’est pas le cas pour ceux qui ont exécuté Damien, il s’agit pour eux d’un exercice du Pouvoir, un rituel qui assure leur cohérence au sein d’un corps qui est celui du souverain.

L’exécution n’avait rien de barbare, elle signifiait autre chose : La façon dont les gens concevaient le Pouvoir et l’exerçaient. Mais surtout elle tient à enrichir le corps du souverain comme étant lui-même qui a été agressé dans le crime commis par quiconque. Ce n’est pas l’intérêt public qui a été touché, mais le souverain, puisque ces citoyens sont tout simplement des sujets du monarque. La punition doit être très sauvage et publique en même temps pour revendiquer la victoire du souverain et témoigner de son acte. Or cette victoire contre le corps du criminel, doit être en tapage et en rituel impressionnant pour donner l’image féroce et redoutable du souverain. La punition et son exercice font partie intégrante de la conception du Pouvoir dans cette culture où s’oppose inversement le corps du souverain avec celui du criminel.

Mais cette conception ne pouvait plus durer, elle a disparu au profit d’un autre discours, plus habile, plus féroce, celui où on met le criminel dans un espace serré pour le mettre sous surveillance et surtout le contrôler, l’assujettir et l’investir. On a plus besoin de supplice, mais on a besoin de traverser le corps de l’individu, le rendre docile et producteur. Et pour cela il faut viser ce corps pour accéder à l’âme qui est la vraie prison du corps, cela n’a rien à voir avec l’âme des religions. L’âme est l’outil par lequel on atteint le but : l’assujettissement des individus.

La prison est devenue ce lieu où on corrige les déviations puisque le crime n’est pas une chose acceptée par la société, elle est ce positionnement hors des normes tolérées par l’espace du pouvoir. Le corps de ces auteurs qui portent la déviation doit être objet de correction, et surtout de redressement, c’est un corps qui doit avouer la justice et se désavouer lui-même !

Or les déviations sont plusieurs, et ne sont pas forcément objet d’une punition directe, elles marquent une autre atteinte à l’acceptable, au toléré, comme par exemple : la maladie, l’incapacité de travailler, l’enfance, la pauvreté…alors ce sont d’autres mesures qui sont mises en œuvre pour corriger et investir les individus : l’école, les casernes, l’hôpital, les maisons de retraite. A partir de ce fait, c'est-à-dire la variation de la déviation, cette culture doit créer ces formes de prison adaptée à ces gens qui vont déranger la production, le fonctionnement de toute la société. Mais dans tous les cas, il s’agit de surveiller ces corps et les punir dans des lieux terriblement fondés et adaptés à chacun des cas.

Aucune forme d’oisiveté n’est tolérée dans cette société, l’oisiveté est condamnée discrètement, elle doit être quadrillée pour être bien surveillée et punie, c'est-à-dire traitée selon son cas et sa manifestation. Et puisque toute personne porte un certain degré et dose d’oisiveté, ou tend de tomber dans l’oisiveté ; alors toute personne doit être surveillée et mise dans un espace précis et bien calculé, à partir de là, notre société contemporaine a créé plusieurs espaces pour maintenir sa vigilance et son maintien de l’investissement de ces milliers de corps, chacun portant sa propre déviation.

Le propre de notre société contemporaine, c’est qu’il a divisé, partagé et nommé les espaces et leur a accordé, y a distribué les corps de façon à ce que nul individu ne peut échappé au quadrillage et à la surveillance, et nul ne peut échapper à ce contrôle permanent qui lui, produit le savoir sur ces corps pour pouvoir mieux les investir. Il n y a pas de corps sans nom et espace. Cela fait que l’investissement des individus se fait à la loupe : L’économie politique des corps !

La prison est donc, la forme la plus visible de ces lieux, or, les autres lieux sont tous des lieux de la même nature, tels que : l’école, la caserne, l’usine, les hôpitaux…ect. Le but est que le pouvoir puisse s’en alimenter, s’en enrichir et s’en fortifier. La machine de pouvoir travaille sans arrêt dans la seule direction, celle de se nourrir de tous. Pour cela elle n’a plus besoin de châtiments et de supplices, mais à la mise en possession des corps, dans des espaces quadrillés, comptables et recensables. Le savoir ici est nécessaire, puisque le pouvoir en a besoin pour mieux créer et découper ces espaces selon ce qui différencie les corps ; le partage est donc l’essentiel de cette culture qui serre les bornes et les limites : les malades, les ouvriers, les enfants, les démunis, les criminels, les employés et fonctionnaires, les retraités .. ect ; tous sont répartis dans des espaces bien architecturés et bien pénétrables par l’œil du Pouvoir ; le corps n’est accepté que lorsqu’il est mis dans son espace qui lui est assigné. Cela veut dire que le corps le plus rebelle a sa place dans la prison ! « Le panoptique, la discipline et la normalisation caractérisent schématiquement cette nouvelle prise du pouvoir sur les corps … mais pourquoi cette étrange institution de la prison … ? …la prison a l’avantage de produire de la délinquance, instrument de contrôle et de pression sur l’illégalisme, pièce non négligeable dans l’exercice du pouvoir sur les corps, élément de cette physique du pouvoir qui a suscité la psychologie du sujet. »[1]. Or, en enfermant les gens, la prison garanti : « la distribution spatiale des individus », « la conduite des individus » et la sanction au « niveau infra-pénal des manières de vivre, des types de discours, des projets ou intentions politiques, des comportements sexuels, des refus d’autorité, des bravades à l’opinion, des violences, etc »[2] il s’agit donc de poursuivre les déviations et les maîtriser : « L’irrégulier, l’agité, le dangereux et l’infâme sont l’objet de l’enfermement » puis, elle garantit aussi « l’instrument d’un contrôle local et pour ainsi dire capillaire »[3]

Il ne faut pas prendre la prison comme dimension unique dans son rapport avec la déviation, elle est la structure théorique qui gouverne tout l’esprit contemporain, de là on prend toutes les formes de renfermement comme prison : les établissements scolaires, les établissements industriels, commerciaux et économiques, les établissements correctionnels … tout est préparé pour que les corps soient répartis et distribués selon la nature de la déviation, et pour que ces corps répondent aux exigences du pouvoir.

2- Les déviations :

La déviation reste l’élément sur lequel a reposé l’évolution de la prison, non pas seulement comme institution à part qui a pour objet le criminel, mais en tant que vision générale dans le traitement de toute déviation possible, et qui pourrait entraver la vie sociale.

La déviation est donc, tout corps portant un effet négatif sur le déroulement du pouvoir. C’est la non réponse positive aux exigences du pouvoir : exigences au niveau du savoir, de la productivité, de la soumission aux normes demandées …etc, cela veut dire que le manque de savoir chez l’élève, l’analphabète, le non adapte à la technique lié à la production, le manque de productivité chez l’ouvrier, le fonctionnaire, l’employé ou le soldat, la non disponibilité chez les personnes malades, handicapés ou n’ayant tout simplement pas trouvé leur place dans le marché du travail, la violation de certaines personnes aux lois « en vigueur » concernant les biens ou l’usage des biens publique ou privé. La prison comme vision générale c’est le traitement que met en œuvre le pouvoir pour traiter et gouverner tous ces formes de déviation, elle est cette pluralité de procédures à l’égard des individus : l’école est l’espace où on met des individus, souvent jeunes et petits pour leur enseigner un savoir dont ils auront besoin pour être conformes aux attentes du pouvoir dans le champs social, la caserne c’est l’espace où on met des individus pour leurs enseigner l’art et le savoir de se battre contre un ennemi probable, l’usine est l’espace où on met des individus pour maintenir la production de tout ce dont a besoin l’économie de la société, la prison est l’espace ou on met les individus qui ont touché les lois qui organisent le rapport des uns avec des autres.

La prison est donc la forme explicite qui symbolise le quadrillage qu’emploie le pouvoir pour rendre facile et possible la gestion et la gouvernance des corps. C'est que cette gouvernance a besoin de reposer sur un savoir qui fonde l’architecture valable à chacun des cas, selon la particularité des corps dans leur degré de déviation.

Dans, disait Foucault, « le régime pénal de l’âge classique on peut retrouver, mêlées les unes aux autres, quatre grandes formes de tactique punitive » :1- Exiler, chasser, bannir, expulser hors des frontières, interdire certains lieux, détruire le foyer, effacer le lieu de naissance, confisquer les biens et les propriétés. 2- Organiser une compensation, imposer un rachat, convertir le dommage provoqué en une dette à rembourser, reconvertir le délit en obligation financière. 3- Exposer, marquer, blesser, amputer …ect, bref s’emparer du corps et y inscrire les marques du pouvoir. 4- Enfermer. »[4]. Or, la détention, l’emprisonnement ne font pas partie du système pénal avant la fin du 19 ème siècle. Punir que plutôt causer des peines, n’est devenu une vision juridique qu’après une longue réflexion qui a rendu la prison une forme générale de pénalité. L’enfermement est devenu : 1- La distribution spatiale des individus. 2- Intervention au niveau de la conduite des individus.3- Contrôle de la justice réglée. La pénalité est transformée à « l’ajustement du système judiciaire à un mécanisme de surveillance et de contrôle »[5] de là, le développement de toute une série d’institutions « para pénales, et quelques fois non pénales » et c’est alors que le « le système général de surveillance-enfermement pénètre toute l’épaisseur de la société prenant » multiples formes, toutes sous le principe du Panoptique !

Le panoptique est cette vision qui donne à la prison « l’avantage de produire de la délinquance, instrument de contrôle et pression sur l’illégalisme, pièce non négligeable dans l’exercice du pouvoir sur les corps, élément de cette physique du pouvoir qui a suscité la psychologie du sujet »[6].

C’est exactement ce panoptique qui fait de la prison tout le socle théorique de notre civilisation contemporaine, c'est-à-dire la mise en espace de tout individu, de tout corps selon son degré de déviation, or la déviation est tellement répartie qu’elle devient invisible, tolérée et courante. Mais il suffit de poser les question suivantes : Pourquoi un crime est défini en tant que tel lorsqu’un homme commet un geste : voler, tuer, violer, ne pas pouvoir payer ses dettes, ne pas pouvoir trouver un travail, ne pas pouvoir être productif selon des critères, ou à cause de sa maladie ne pas pouvoir travailler, ou tout simplement ne pas pouvoir répondre aux exigences de la vie quotidienne ? Est-ce qu’un individu a le choix d’être sans travail, ou de tomber ou pas malade, de posséder ou pas un savoir qui le bénéficierait socialement ? Mais le pouvoir ne s’intéresse pas à ces questions ! il réagi comme si la déviation ( maladie, pauvreté, incompétence technique, vieillesse ... etc) était un choix personnel. Ensuite le pouvoir ne s’intéresse qu’à la façon dont il doit distribuer la déviation en multiples espaces ! Le corps pour le pouvoir n’est important que par rapport à sa productivité et sa rentabilité.

Rawls a essayé vainement de résoudre cette problématique, il a finit dans sa théorie de justice, à plutôt renforcer le pouvoir : Mais finalement c’est quoi le consensus, si ce n’est pas une façon de donner toute la puissance au pouvoir !? Il est donc difficile de croire à ces théories de démocratie qui remplissent le champs politique, surtout durant les élections, cette forme trompeuse de crier justice faite !

Ainsi, le corps doit porter avec lui ses souffrances, ses douleurs, ses frustrations, pour se mettre gentiment dans l’espace qu’on lui a attribué, et se réduire au silence, chose qui ne sera jamais assurée puisque tout corps est volonté de puissance !

TRIBAK AHMED



1 - M. Foucault : Résumé des cours 1970-1982 Collège de France – Julliard.

2 - Ibi.

3 - Ibi.

4- M. Foucault : Résumé des cours 1970-1982 Collège de France – Julliard. pp 29-51.

5- Ibid.

6- Ibid.

20.6.07

LA PSYCHANALYSE




Je crois que la psychanalyse est une des découvertes qui ont marqué notre époque. Une découverte qui a eu un impacte très fort sur la pensée postmoderne. Je pense que les principales questions que l’on peut se poser à propos d’elle, sont les suivantes :

1- Quelle est l’apport philosophique qu’elle a imposé au niveau de la cette discipline ?

2- Quel est son statut dans l’épistémologie ?

3- Comment peut-on comprendre la pratique psychanalytique dans l’espace de la thérapie ?

Ces questions ne sont qu’à titre indicatif, bien d’autres questions s’imposent. J’essayerai de les aborder en suivant ce plan.

1 – L’apport philosophique :

Pour éviter l’approche académique, je vais me limiter sur le changement que la psychanalyse a opéré sur certains concepts philosophiques, laissant au débat la possibilité ouverte d’aborder les autres concepts.

Freud rejoint Nietzsche et Heidegger sur un point considéré comme mutation quasi importante dans la philosophie, Les trois ont changé le statut du sens. Le sens n’a plus d’aspect absolu, il n’est plus dans une profondeur, car il n’y a pas de profondeur, c’est une illusion; c’est reprendre la métaphysique de Platon.

Le sens n’est pas non plus dans un plat absolu, il est dans ce mouvement double de disparition et d’apparition. La philosophie post-moderne a quitté complètement toute la métaphysique du sujet, de la présence, de l’essence. Heidegger a réalisé le deuil de cette métaphysique.

L’inconscient chez Freud ne loge pas dans une partie profonde, cachée quelque part, attendant qu’on la découvre. L’inconscient se positionne à côté des autres niveaux sur la surface, il est une partie de l’appareil psychique où les sens s’activent en mouvement permanent. L’interprétation est une technique ouverte, opératoire qui consiste à instaurer une lecture diagnostique des symptômes.

L’identité n’est ni close, ni ouverte, elle est l’autre face de la différence, en mouvement permanent, cela veut dire que l’inconscient n’est pas une obscurité sur laquelle il faut projeter de la lumière, il est une entité changeante, il est un objet sur lequel on peut opérer les techniques de lecture.

Pour protéger et éloigner l’inconscient de toute portée métaphysique, Lacan l’a formalisé, l’a pris pour une structure soumise aux techniques de la linguistique. Je crois que Freud contribue et rejoint en particulier, au travail de Heidegger, ouvrant tout un monde nouveau devant la philosophie où l’homme est un objet de savoir. De là, l’idée choquante de Foucault sur la mort de l’Homme.

Je préfère qu’ils soient édités séparément comme dans le cas des premières études, je pense que cela permettra à tout le monde d’y participer. Trois messages à la fois séparés et enchaînés.

2 – Quel est son statut épistémologique :

En général, la rupture entre le normal et l’anormal dans la vie psychique humaine n’est jamais apte à la définition catégorique, mais cette définition reste un objectif à élaborer malgré les difficultés. Il y’a cependant une taxinomie reconnue par ces pratiques. Cette taxinomie soutient ce qui suit :

Les psychoses : sont des dépressions majeures à différent niveau, tels que la schizophrénie, la paranoïa, la maniaco-dépressive, la mélanco-dépressive.

Les névroses : phobies, obsession, anxiété …etc.

La psychiatrie voit ces maladies comme déficience mentale, comme dérèglement de la chimie mentale. Elle propose la pharmacologie comme traitement. Le principe consiste à administrer des produits agissant sur l’équilibre mental, et sur la vie mentale. La psychiatrie ne cherche pas à analyser la maladie, mais seulement à en définir le tableau clinique.

La psychanalyse à une approche totalement différente, elle voit la maladie dans sa généalogie depuis la naissance. Elle définit cette généalogie depuis la naissance en distinguant les différentes phases : la schizophrénie revient à la phase buccale où l’individu a fait une fixation, c'est-à-dire qu’il n’est pas passé à la phase suivante. La paranoïa revient à la phase sadomasochiste. La dépression maniaque revient à la phase oedipe.

C’est que l’individu passe par des phases, et il doit réussir le deuil de chaque phase, sinon il garde en lui le germe de la maladie. La psychanalyse ne fait pas recours à la pharmacologie, mais plutôt à des techniques qui lui sont propre. Ces techniques sont cohérentes et forment un arsenal très puissant dans leurs applications.

Le transfert et le contre transfert : Le principe ici, concerne le psychanalyste et le psychanalysé au même temps. Le premier doit être sûr qu’il ne porte rien en lui qui peut affecter le processus de psychanalyse, cependant il pourra recevoir le transfert en gardant sa distance, et cela garantit l’état de l’objectivité. Le deuxième doit être sûr qu’il est capable de laisser libre cours à son discours, sans projeter sur le psychanalyste une image personnelle qui pourrait gâcher le processus. Cela pose un autre problème : La résistance. Le psychanalyste doit réussir à briser cette résistance. Mais c’est là une interaction, un effort où les deux participent activement, et lorsque cette collaboration se réalise, l’instant de l’objectivité devient possible.

Mais il est à noter que la psychanalyse ne peut pas intervenir que lorsque l’individu n’est plus dans l’état psychotique. Il est à noter aussi que la pratique psychanalytique diffère selon la conception du psychanalyste et son appartenance à une école ou tendance. Il reste à dire aussi que la psychanalyse n’est pas une acculturation, c’est le moyen par lequel et à travers lequel on met de l’ordre à ce qui en désordre.

Le problème du normal et de l’anormal est essentiellement épistémologique, Quels sont les critères ou les caractéristiques qui nous permettent de définir ce qui est normal et ce qui est anormal ? Les deux termes font parties du langage commun.

Lorsqu’on parle de psychotique et de névrotique, la question devient : à partir de quel système de référence on définit les deux termes ? De la psychiatrie ? Quelle théorie de psychiatrie, car il y en a plusieurs. Se la psychanalyse ? Quelle théorie de psychanalyse, car, là aussi il y en a plusieurs.

Donc, la complexité du phénomène nous appelle à définir l’angle à partir duquel on parle. Cependant, il est clair qu’une seule approche n’est pas suffisante, et que l’approche systémique est nécessaire, car elle nous permet de voir la question dans tous ses aspects.

Le rêve, la litote, le lapsus, le mi-dire, l’euphémisme, l’anti-phrase…etc, sont pour la psychanalyse un matériel très puissant dans le processus de la psychanalyse ; mais pour la psychiatrie, ils n’ont aucune importance, parce qu’elle repose sur un tableau clinique, une taxinomie définit à partir d’une conception sur les psychoses et les névroses. La psychiatrie traite les symptômes psychosomatiques comme maladie, et non pas comme symptômes psychogènes. Son intérêt est de faire taire ces symptômes, la psychanalyse prends son départ de ces symptômes comme effets d’un malaise, d’un désordre dans l’affect, dans l’histoire affective de l’individu.

Lacan a introduit la linguistique parce que le langage réfère les symptômes et parce que cela permet au psychanalyste d’oublier son affect a lui, pour pouvoir lire l’affect de l’individu sans confusion ou amalgame. Le psychanalyste n’est pas sensé être gentil, ni tendre, ni affectueux, il est sensé maîtrisé son affect pour pouvoir diagnostiquer l’affect de l’individu ; il n’est pas un père, ni une mère, ni un abbaye, il est le regard neutre qui dialogue avec les symptômes : c’est là le statut épistémologique. Pour Lacan, les symptômes sont le langage de l’inconscient, ils sont « les signifiants d’un signifié refoulé dans la conscience du sujet.

3 – Psychanalyse et espace de la psychothérapie 1 :

Après Freud, la psychanalyse en tant que théorie de savoir sur l’homme, a pris une autre voie, celle de devenir une pratique de thérapie, un traitement pour l’hygiène psychique. Cela a posé un autre problème, il fallait préciser les procédures à suivre dans cette voie. C’est à ce niveau que les écoles et les tendances se sont multipliées sans s’éloigner des concepts fondamentaux de Freud. Un autre système de savoir est apparu : La psychothérapie, non en tant que savoir sur l’homme, mais comme théorie de guérison au sens large du terme. Le névrotique est un individu qu’il faut soigner. Le champ de la psychiatrie s’est trouvé envahi par cette discipline qui vise la psyché, l’ordre de la psyché. La psychiatrie aussi a pris tendance à s’occuper de ce niveau. Ce sont les maladies psychosomatiques qui ont appelé à cette convergence.

Ce genre de maladies n’ont presque souvent aucune base organique, mais les dysfonctionnements sont pourtant apparents et appellent à l’intervention : Pseudo rhumatisme, pseudo asthme, pseudo migraine, troubles digestifs …etc. Actuellement ces maladies sont devenues très fréquentes.

Dans les années soixante, c’était encore la neuropsychiatrie qui dominait le champ de ces maladies, la dimension psychologique était presque absente. La neuropsychiatrie portait sa vision organique, d’où l’usage des médicaments antidépresseurs et tranquillisants ; toute cela pour s’adresser aux douleurs, l’angoisse, l’anxiété, se traitent comme douleurs et non pas comme symptômes d’une affection psychique. Les benzodiazépines, les tricycliques étaient les médicaments les plus utilisés. Avec la décennie 70, le champ de la psychologie commence à s’imposer dans le champs de la clinique, d’abord la psychiatrie s’est séparée de la neurologie, puis elle a commencé à adopter des notions du domaine psychanalytique ; mais la psychanalyse traçait son chemin en silence avec les divergences entre les différentes écoles de psychanalyse. A partir des 80, un nouvel espace s’est imposé comme moyen pertinent dans ce domaine qui est la psychothérapie, or ce terme toujours très vague, la psychanalyse avait accumulé une grande expérience dans le domaine du cabinet où les outils sont bien définis : le divan, l’espace clos du cabinet, la séance limitée par l’horaire. En plus des outils fondamentaux : transfert, contre transfert, rêve, résistance, langage. Mais, le plus important, c’est que la relation entre le psychanalyste et le patient est une relation contrôlée et quadrillée selon des règles très précises. Tout ça fait de la psychanalyse une pratique qui s’active dans un espace considérable d’objectivité. Les cures psychanalytiques sont très fermes et efficaces, et l’objet visé est la remise en ordre des troubles névrotiques, sachant que la psychanalyse ne nie pas l’aspect organique que ce soit dans les psychoses ou dans les névroses, sauf que dans le deuxième cas son efficacité est considérable. Ce qui grave, c’est que des psychiatres commencent à utiliser le divan comme outil, c’est une aberration, car la psychiatrie ne dispose pas de moyens conceptuels pour exercer et emprunter les outils de la psychanalyse.

Les statistiques montrent que la plupart des maladies traitées par les médecins sont d’ordre psychique : les troubles psychosomatiques. Ce que fait qu’actuellement la tendance vers la psychanalyse devient de plus en plus forte. Mais ce qui met les obstacles devant la psychanalyse, c’est généralement deux choses :

1- La peur des gens vis-à-vis de la psychanalyse, cela tourne au tour de la résistance ; l’individu trouve difficile et douloureuse une confrontation de soi.

2- L’absence d’un statut général accepté par tous les psychanalystes, ce qui empêchent qu’elle soit reconnu dans les structures administratives, par exemples, les frais des cures psychanalytiques ne sont pas remboursables.

La psychanalyse n’est pas encore reconnue comme pratique de traitement. Alors que les maux les plus courants sont d’ordre psychique : Dépressions mineurs, angoisse, anxiété, insomnie, troubles psychosomatiques, phobies. Je pense que c’est très signifiant que la majorité des gens consomme les tranquillisants et les sédatifs. En revanche, les frais de la psychanalyse sont très coûteux et non remboursables

D’autres pratiques de thérapies se multiplient en conjuguant les concepts de la psychanalyse et ceux de la psychiatrie. Ce qui est sûr, c’est que la psychanalyse n’a pas encore trouvé son propre espace, d’autres parts la confusion et l’amalgame ne cessent de s’accroître à propos de cette dimension humaine qu’est la psyché.

3 – Psychanalyse et espace de psychothérapie 2 :

J’insiste sur le fait que le psychotique, ne peut pas être objet de la psychanalyse, cela pour une raison de base, c’est que la psychanalyse travaille à partir du langage dans toutes ses dimensions. Le psychanalyste est obligé de passer par le langage pour voir et lire les symptômes qui sont traces de ce qui est en désordre chez le patient ; or sans langage les symptômes restent inaudibles, invisibles. Or le langage du psychotique et fragmentaire, confus, discontinu amalgamé. Prenons un exemple, Un psychotique dit cela : « J’ai mangé une voiture ». A première vue on est choqué par cette phrase, mais une question pertinente se pose : Qu’est ce qui est choquant dans cette phrase ? Au niveau syntaxe la phrase est correcte. Au niveau sémantique la phrase est encore correcte, elle transmet un message. C’est au niveau pragmatique que sa phrase pose des problèmes, car il n’est pas connu chez les hommes qu’on mange des voitures. Si on change voiture par lion, il serait possible quelques parts qu’on mange des lions. Il y’a donc, chez le psychotique une discordance entre les trois niveaux du langage qui rend impossible l’interprétation. D’autres parts, le message du psychotique ne porte pas de message dans certaines formes : La schizophrénie, où règne le silence, le langage dans ce cas n’a pas lieu ou ne porte pas de message ayant relation avec le personnage du psychotique. Chez le paranoïaque le langage encore ne fait pas référence à l’histoire du malade, ainsi que pour le maniacodépressif oû le langage est tant tôt excessif tant tôt absent. Dans tous ces cas le langage qui le principal outil pour le psychanalyste n’est pas.

Chez le névrotique, le langage reste cohérent dans ses différents niveaux, cependant il transmet une charge d’affect, de signes, de métaphore, qui permettent au psychanalyste de rassembler l’ensemble de ce qui a été dit pour reconstruire avec le patient le tableau et passer à ce qui veut parler et signer chez le patient. Le psychanalyste tout en contrôlant le discours du patient et son rapport avec son comportement et ses réactions, il lui retourne ce discours après l’avoir questionner, travaillé reproduit autrement.

Une femme très bien habillée, bien présentable est en séance de psychanalyse, elle parle et dit : Je ne vaux rien, je suis dégoûtée, je me sens humble, ma vie ne vaut rien …etc, le psychanalyste regarde et écoute ; ses chaussures étaient encore mouillées par la pluie, soudain, il prend un bout du pontalon de la femme et éponge avec ses chaussures, la femme saute de sa place, se met debout et adresse tous les insultes possibles au psychanalyste ce dernier laisse passer la tempête, puis lui dit : Mme Il parait que votre pontalon vaut mieux que vous, est ce vrai ? Devant ce fait, la femme à beaucoup de possibilités de revoir son discours. Donc, c’est le langage bien contrôlé, bien travaillé et retourné au patient pour lui permettre de refaire le bilan vers dans une stratégie de remise en ordre de l’affect touché, c’est un processus douloureux mais essentiel pour le patient et sa remise en accord avec soi même. Ce n’est là qu’un exemple, or chaque cas a ses particularité, mais le psychanalyste est là pour évoquer et provoquer les questions nécessaires au bon moment.

La critique de Foucault envers la psychanalyse, n’a pas été adressée à sa valeur opératoire, mais à un niveau qui ne concerne même pas la psychanalyse, c’est le rapport de pouvoir que Foucault critiquait à raison, car on fait, là où il y a un couple, il y a une relation de pouvoir qui s’exerce, cette critique est au profit de la psychanalyste qui pensera la question pour en trouver la réponse adéquate. D’ailleurs beaucoup de psychanalyste ont changé l’appellation du malade, et c’est devenu : coopsychanalyste, psychanalysé. Cela pour marquer le regard de la psychanalyse envers l’homme qui est en processus de psychanalyse. Le statut de la psychanalyse reste très pertinent, il suffit de le voir à partir de ce que veut dire la science dans notre époque.

TRIBAK AHMED