6.10.10

Séduction: présence et absence



La séduction a bien son effet à la fois terrible et beau, et pourtant, il nous est difficile de définir où se concrétise-elle ? Comment agit-elle ? Est-elle d'ordre spirituel ou matériel? ? En fait, elle ne se définit nulle part, elle ne se concrétise sous aucune forme, elle n'est ni d'ordre matériel ni d'ordre spirituel. Et malgré cela elle est ! Mais on ne la connait que par son effet sur le corps et sur l'âme !
Il est vain d'aller chercher d'où elle vient et comment elle vient. Ce n'est que par ses traces tant tôt fatales, tant tôt enchantées qu'on connaisse et qu'on touche sa présence, ou plutôt son passage discret: C'est dans les yeux d'un amoureux, ses souffrances, sa défaillance ou plutôt son bonheur que l'on la voit. Dans le chagrin criant l'envie de mourir ou dans la joie criant le trophée que l'on la sent.
Ce n'est pas par hasard que des romanciers et poètes ont écrit pour décrire ce qui est faste ou néfaste dans les effets terribles de la séduction. Dans toutes les cultures, de longs et beaux écrits ont été réalisés pour parler d'elle avec ce qu'elle a de particulier, c'est à dire, son aspect silencieux, insidieux, occulte ou manifeste jusque dans les limites de la folie. La séduction n'est pas matérielle, mais en même temps elle a des effets matériels; elle n'est pas spirituelle, mais elle a bien des retombées spirituelles. Elle peut subvenir à n'importe quel moment, lorsqu'on la croit absente elle peut être présente, et lorsqu'on la croit présente elle peut disparaitre brusquement.
Seulement, peut-on vivre sans elle ? La vie serait une galère de roche sans elle ! On ne peut pas vivre sans elle, elle est notre destin ineffaçable comme disait Baudrillard.

TRIBAK AHMED

26.7.10

Séduction et mille nuits


Raconte-moi un très beau récit ou je te tue ! Voilà ce que le roi Chahrayar a imposé comme loi pour se venger des femmes, lui qui fut choqué de voir sa femme le « trahir » ; c’est le principe qu’il annonce pour venger sa virilité trahie et humiliée. Chahrayar le roi, n’a jamais pensé qu’il peut être « trahi ». Il croyait qu’être un roi rend impénétrable la virilité ! Mais quoi ? Comment oserait-on toucher le vagin qui appartient exclusivement à un roi ? Mais il ne savait pas que les questions du cœur, de l’âme et du corps ne sont jamais exclusives ! Il créa alors ce terrible principe : « Je t’épouse mais pendant la nuit tu me racontes un très beau récit, sinon à l’aube je te tue ! » Ainsi des dizaines de femmes meurent chaque nuit puisqu’elles acceptent cette condition mortelle, sous l’effet d’une envie séductrice, celle d’être la femme d’un roi, croyant chacune que sa beauté la sauvera de la mort ! Chahrazad, la fille du ministre, décida de mettre fin à ce massacre, elle se présenta devant le roi Chahrayar pour tenter sa chance, il l'épousa.
Une confrontation tragique : D’une part un roi blessé terriblement n’ayant que l’envie de se venger des femmes, il est devenu un tueur selon ce principe fatal : Raconte-moi un très beau récit ou je te tue ! D’autre part une femme n’ayant qu’un récit à raconter pour se sauver et sauver les autres femmes, elle est tuée d'avance !
Chahrazad commença son récit le soir jusqu’à l’aube, mais son récit ne se termine jamais et tellement enchainé d’histoires séduisantes, si bien qu’en s’arrêtant à l’aube, le roi Chahrayar se trouve obligé de la laisser en vie pour apprendre le reste du récit si séduisant qu’il la laisse en vie. Ainsi les milles et nuit passèrent sans que le roi ne s’aperçoive que son principe mortel est tourné contre lui, la magie tourne contre le magicien ! Il est maintenant le tué et elle la tueur : Tout se passe dans l’élément de la séduction ! Qui séduit qui ? C’est là où se jouent la vie et la mort.
Après les milles et une nuit Chahrayar s’aperçoit qu’il a déjà trois enfants avec Chahrazad, il ne peut donc pas la tuer, étant la maman de ses trois fils ! Là encore un autre élément de la séduction : Une mère et ses trois fils peuvent-ils être condamnés ? Ainsi Chahrazad se sauva et sauve avec elle une autre dizaine de femmes qui n’auraient pas su séduire le roi Chahrayar. La séduction s’avère ici une arme aussi redoutable qu’une armée d'un roi !

TRIBAK AHMED

17.7.10

Monologue sur la séduction (1)


« J’aime, et j’ignore comment et pourquoi ? J’ignore qui est-elle ? Je n’en sais rien ! L’amour et de n’en savoir rien ! »

Je sors, les choses et les gens passent devant moi, et moi aussi je passe devant les choses et les gens. Cela passe depuis que j’existe au monde, mais je ne suis pas indifférent ! Des événements me choquent et touchent négativement mon goût à la vie, d’autres au contraire me donne l’appétit ou plutôt la joie pour continuer mon parcours dans la vie. Une antinomie qui oppose le désenchantement à l’enchantement. Le réel est-il beau ou est-il laid ? Il est les deux à la fois même ! Il y a un fil très mince qui me retient dans cette antinomie, c’est la séduction ! C’est au moment même où je réalise le coté laid du réel que d’autres choses séduisantes viennent me soutenir et me fassent voir l’enchantement dans ce même réel ! La séduction est l’élément qui me retient à la vie.

Qu’est ce donc la séduction ? Il est vain de la définir ! Parce qu’elle est indéfinissable ! Et pourtant elle est là, je la sens et elle active ma vie. Écoutant un très beau morceau de la musique, je sens la joie où le chagrin, et cela me fait vivre un beau moment où toute mon âme et tout mon corps chantent l’hymne discrète de la vie : Mon cœur bat en voyant une femme ! Pourquoi ? Je n’en sais jamais rien ! Pourquoi celle là et pas une autre ou beaucoup d’autres ? Je n’en sais rien ? Inutile même de vouloir le savoir ! C’est irrationnel ! J’adore, mon cœur bat fort et même un instant de panique général et je n’en sais toujours pas pourquoi ! Pourquoi exactement cette femme me fait cet effet ? Où pourquoi exactement ce morceau de musique ? Pourquoi exactement un tel morceau d’art et pas d’autre ? C’est irrationnel !

Il y a une danse diabolique, un ballet fantastique entre l’irrationnel et la séduction ! Un mariage sournois et agressif mais terriblement beau ! Sournois dis-tu et agressif ? Oui, mortel même ! Toute séduction comporte vie et mort. La séduction est un risque ! Être séduit c’est être déjà fragile et au seuil de la mort ! La séduction porte un danger de mort, mais elle est essentiel pour la vie, et c’est là son caractère antinomique : Fondamentale pour la vie tout en comportant risque de mort ! Si bien qu’une séduction qui ne comporte pas un danger de mort ne peut jamais être une séduction ! N’est-il pas trop risqué d’être amoureux ? Les liaisons fatales et dangereuses de Laclos en est une démonstration. Je suis amoureux, je suis donc presque mort.

La séduction est déstabilisation, un décentrement de la force comme de la raison, être amoureux c’est être déstabilisé et décentré de soi-même. C’est pourquoi seules les fortes âmes sont capables d’aimer et d’être amoureux. Les fragiles n’aiment jamais, ils fuient l’amour, car ils n’en sont pas dignes. Ainsi, un amoureux(se) est déjà un héros ! Un(e) héros n’abandonne jamais, il est trop fort pour accepter d’abandonner.

Achille a été averti par sa mère, que sa participation dans la guerre de Troie sera pour lui un trophée majeur qui le fera régner dans l’histoire, mais il y a un sérieux danger de mort, et pourtant il n a pas hésité à y participer, parce qu’il est un héros qui ne recule devant rien. Ainsi, la séduction est notre DESTIN !

25.1.09

Foucault et l'histoire du silence


Michel Foucault est sans doute le premier qui a donné à l’histoire son statut respectable, en faisant d’elle une discipline rationnelle, plutôt près de l’épistémologie que des abstractions métaphysiques. Nous avons devant nous sans doute le même succès chez Dumézil, Lévi-Strauss, Popper, Khun, Bachelard, et pourtant c’est lui qui a été le plus clair quant à la fermeté de cette discipline qui reste toujours difficile à entretenir. Il a surtout libéré l’histoire des illusions et des pré-jugements engendrés par Hegel, c’est grâce à lui qu’on est passé à l’histoire rationnelle et ferme quant à ses engagements vis-à-vis de la rigueur scientifique, c’est pour quoi je trouve en lui le fondateur du nouvel historicisme réel et soumis aux règles formelles et d’ordre scientifique.

Foucault est l’un des grands philosophes de notre époque, il ne s’est pas arrêté à la limite de mise la en question de notre pensée contemporaine, il est allé jusqu’à la mise en question de notre existence, nos comportements et nos pratiques. La question pour lui est arrivée jusqu’à voir le lien entre pouvoir, sexualité, corps, raison et folie ; pour lui l’histoire parle de tout ça, car l’essentiel pour lui n’était pas de fonder une histoire du passé, mais plutôt fonder un passé du présent, c'est-à-dire qu’il nous a mis face à nous même.

Il avait cette capacité et ce courage extraordinaire de décamoufler et de déceler la technologie du pouvoir, et de déconstruire tout l’édifice sur lequel se sont fondés des rapports de l’hégémonie et de la répression ; et il n’a fait exception ni pour la psychiatrie, ni pour les violences pratiquées dans les établissements pénitentiaires, il n’a pas non plus fait exception pour les rapports des hommes à la sexualité.

Cette grande masse des hommes jetés et enfermés dans des carreaux bien architecturés du pouvoir, privés du droit à la parole et à la voix, c’est cette masse qui était au centre d’intérêt de Foucault, afin de lui rendre la parole et le droit à l’expression, et afin d’obliger la société à l’écouter et de reconnaître sa présence et sa voix digne d’être écoutée et entendue. L’histoire de la folie n’est pas non plus une histoire théorique, elle est une protestation réelle contre l’injustice, la contrainte et l’exclusion. C’est ainsi que les travaux de Foucault ont changé la perception de tout sur ce que veut dire la prison qui n’est pas seulement un lieu où on met les criminels et les délinquants, mais elle est essentiellement une machine de production de nouvelle criminalité et de nouvelle délinquance au service de l’économie et de la force du pouvoir. Dans l’Histoire de la sexualité, Foucault montre la présence imposante du sexe où s’est accrue des institutions qui ne parlent que de lui, et de sa nature, pour le généraliser selon une stratégie bien étudiée et calculée.

Pour lui l’histoire est ce domaine à travers lequel il a attaqué et critiqué toutes les formes de pouvoirs : médicale, politique ou pédagogique … etc. L’histoire est là une ontologie du présent. La philosophie est elle-même n’est qu’un champ politique et historique. La politique ne veut pas dire ici, ce domaine où des personnes professionnelles sont les porteurs de vérité qui parlent au nom des gens et de leurs intérêts, ce rôle est aboli définitivement par Foucault.

De quoi parle l’Histoire de la folie ? Elle parle des illusions de la psychiatrie et ses mythes, elle parle du discours de cette psychiatrie et ses pratiques médicales qui isolent et renferment les gens dans des lieux d’enfermement clos, et elle parle de l’histoire de l’internement et ses violations des droits à la parole et à l’expression. On ne peut comprendre ce mouvement d’anti psychiatrie et ces mouvements de revendication des droits, de la protection écologique et la lutte contre les guerres, que par cette forme d’histoire fondée par Foucault. Cette histoire et bien elle qui s’est dirigée vers la surveillance et la punition pour montrer comment la raison occidentale a permis à un discours médical de mettre la main sur la folie au nom de la médecine psychiatrique et ses différentes conceptions psychologiques dans le champ de la positivité, comme il a fait de la mort un sujet de science sur l’individu pour confirmer le partage entre le pathologique et le normal, entre le raisonnable et le fou, entre le vivant et le mort, entre le savant et l’ignorant, entre le producteur et le stérile, entre le juridique et le criminel, entre le morale et l’immoral, c'est-à-dire, qu’il a produit une valeur ajoutée du pouvoir et de toutes les formes de surveillance sociale. Cette histoire est aussi elle qui a montré comment la raison occidentale a changé l’exécution spectaculaire devant la fête du public pour donner au souverain plus de force, par la mise de l’individu dans espace clos qui permet sa surveillance et le contrôle méticuleux de ses mouvements et la domestication de son âme, pour que le citoyen devienne plus docile et plus maniable. C’est elle-même qui a monopolisé le sujet de la sexualité pour l’orienter selon des objectifs et des intérêts du pouvoir, non pas en le réprimant, mais en le transformant à un moyen de production et en créant plusieurs procédures plus efficaces et plus bavardes sur le sexe, afin d’élargir la production même de la sexualité en n'en épargnant ni la sexualité de l’enfant, ni celle des pervers ; au contraire, elle multiplie le discours sur elle et non le réprimer.

La raison occidentale a pu mettre pour la sexualité une taxinomie à quatre catégorie : - L’hystérie du corps féminin – l’éducation sexuelle – l’aspect social – la contrainte du désire individuel à la médecine. De cette façon, la fécondation, la jouissance et l’esthétique sont devenues objet de quantification, de distribution et d’orientation. Quant une décision gouvernementale exige la planification de la fécondation sous divers prétextes, elle maîtrise la sexualité et sa production selon des fins exigées par le pouvoir.

C’est l’histoire du silence et ce qu’il cache d’oppression et d’inflation du pouvoir ; il définit et marque les signes de rupture qui s’est produite dans la pensée occidentale moderne. C’est cette forme d’histoire que Sartre et beaucoup d’autres intellectuels des années soixante dix ont refusée, et pourtant c’est elle qui a pu montrer son importance dans la compréhension de ce qu’est l’homme et ce qu’est la raison. Nous sommes là, devant une nouvelle tendance de l’histoire réelle sans que nous ayons affaire ni à l’historicisme, ni aux esprits divins.

Le concept de l’histoire chez Foucault couvre trois axes de nos différents discours : Le premier consiste à intégrer implicitement Nietzsche, c'est-à-dire, une critique à l’histoire vue comme continuité et ligne relative à une origine ou un telot, puis critique aux discours des historiens comme une histoire monumentale et supra historique. Le deuxième consiste à objectiver le concept de l’événement, c'est-à-dire, l’idée d’une petite histoire constituée d’un nombre illimité de monuments muets et de récits sur une simple vie et un fragment d’existence, de là l’importance de l’idée de l’Archive chez Foucault. Le troisième se développe précisément à partir de l’Archive qui a poussé Foucault à collaborer avec beaucoup d’historiens, c'est-à-dire une problématisation de ce que peut être la relation entre la philosophie et l’histoire, ou plutôt, la relation entre la pratique philosophique et la pratique historique après avoir quitté le couple traditionnel: philosophie de l’histoire/histoire de la philosophie.

TRIBAK AHMED

1- Bachelard Gaston : « La formation de l’esprit scientifique ».

2- Deleuze Gilles : « Foucault ».

3- Foucault Michel : « L’histoire de la folie ».

4- Foucault Michel : « L’archéologie du savoir ».

5- Foucault Michel : « La volonté de savoir ».

6- Hegel : « La raison dans l’histoire ».

7- Hegel : « La phénoménologie de l’esprit ».


19.12.08

Heidegger et le chemin



Que veut dire Heidegger quant-il parle de la fin de la philosophie ? Que veut-il dire quant il fait la différence entre philosophie et pensée ? C’est quoi cette question de la technique ?

En fait, la pensée d’Heidegger est un questionnement interminable, la question pour lui est une ouverture d’un chemin, d’un nouvel horizon ; mais le questionnement, n’est jamais neutre, il se fait à travers la réflexion, il ne se limite pas à la mesure d’une science ou d’un savoir précis, ni même à la mesure d’une philosophie, sa pensée est un acte double, simultané de déconstruction et de construction. Il y a une vraie ressemblance entre le questionnement, la réflexion et la marche. On est ici devant une métaphore que nous devrions expliquer : Chemin, marche et pensée ?

Penser c’est comme l’acte de marcher dans une forêt où les chemins ne sont pas sûr « Holzweg », ils peuvent à n’importe quel moment finir dans l’impasse ; mais cela ne veut pas dire que ces chemins sont totalement bouclés, puisque les forestiers et les bûcherons 1 s y connaissent parfaitement dans ces chemins imprévus ; il y a un rapport direct entre ces deux partenaires dans la forêt, les uns fuient les autres tout en sachant comment traverser la forêt. Les deux savent bien ce que veut dire marcher dans ces chemins qui pour eux mènent là où ils veulent ; par contre, ceux qui n’ont pas le savoir et l’expérience de la forêt n’arriveront nulle part, ils ignorent ces chemins. La forêt est donc pénétrable et même facile à traverser par les uns, mais très compliquée pour les autres.

Ainsi est le chemin de la pensée ! Il est plus clair pour ceux qui en ont l’expérience, ils y passent en faisant usage de leurs expériences, cela ne veut pas dire que ces chemins sont faciles pour eux, mais ils ont conscience de son aspect imprévisible. Le chemin de la pensée n’est pas un espace plat et organisé, il est tortueux et appelle à l’attention puisqu’il est imprévisible. Le chemin de la pensée n’est pas clos ou bouclé ; il est plutôt à découvrir, ou pour mieux dire, il est à dévoiler ! Par la force de l’interprétation. L’interprétation n’est pas un simple geste de méditer, il est une force qu’on fait subir à l’être des choses pour le dévoiler. Comprendre, c’est déjà une action violente sur les choses pour qu’elles nous parlent et nous dévoilent ses petits secrets. Le chemin est donc un espace toujours vierge, contrairement à ce que peut être une route bien quadrillée et bien montée, elle n’a rien d’imprévisible.

Pendant que la route nous emmène tranquillement vers là où nous voulons aller et que nous connaissons déjà, le chemin lui, nous livre vers autres choses que nous ignorons mais que nous voulons connaître. Le chemin n’a cette valeur précieuse que dans la mesure où il nous promet des choses imprévisibles, des choses qui seraient la voix ou le visage de ce qui est resté pour longtemps caché, voix et visage de ce que nous pourrons dévoiler par la force que nous faisons subir aux choses pour qu’elles se dévoilent. Le chemin n’a d’importance que pour celui qui en connaît l’importance, que pour celui qui est en quête de quelques choses ! Comme cette forêt où bûcherons et forestiers ont beaucoup de choses à faire et avoir. Le chemin n’est en position de chemin qui ne mène nulle part que pour ceux qui n y ont aucun intérêt. Le chemin de la pensée, n’est pas un chemin bouclé et fermé, il est pour ceux qui s’y connaissent bien une aventure méritée vers quelques choses qu’on devrait faire parler ! Mais le chemin est fermé lorsqu’il y a désintéressement. Le chemin est une affaire d’intérêt ! Cherche-tu quelques choses dans ce chemin ? Alors il est bon pour toi d’y marcher ! Tu n’as rien d’intérêt dans ce chemin ? Alors tu n y trouveras rien !

La pensée est aussi une question d’intérêt et de volonté, on ne pense pas pour penser, mais on pense pour quelques choses que nous voulons atteindre. Le chemin de la pensée est souvent un chemin d’intérêt, sinon, il n’aurait pas cette qualité de chemin, et la pensée est souvent une question d’intérêt, sinon elle n’aurait pas lieu. Penser c’est déjà être impliqué par quelques choses et pour quelques choses. La pensée est souvent motivée par une volonté, une angoisse ou une peur, c’est pourquoi elle est une puissance.

La forêt n’a pas de valeur pour ceux qui n y ont aucun intérêt, mais elle a toutes les valeurs pour ceux qui y ont tous les intérêts ; c’est ce qui fait, que le chemin n’a de sens que pour ceux qui y cherchent. Et c’est ce que nous cherchons qui donne valeurs et sens à ce chemin. Le chemin appelle donc à la marche, et c’est une marche dont l’intérêt est d’explorer, d’agir et d’investir, et de ce fait, la marche n’a préalablement aucune garantie, mais elle prometteuse puisqu’il y a souvent de l’imprévu et de l’intérêt.

L’homme ce berger orphelin de l’être, est obligé de marcher, et donc d’écouter et de faire parler ce chemin qui a l’air muet. L’homme fait donc usage du langage parce qu’il a un dialogue muet, silencieux avec les choses et leur être. Il y a un fort rapport entre l’homme, le langage et l’être des choses, et c’est un rapport plein de violence ! Violence dont la fin est de pouvoir écouter cette voix infra verbale de l’être qui a l’air muet alors qu’il est plein de vacarme et de musique, mais surtout des possibilités infinies de sens. Nous avons l’air d’habiter ce monde, en fait c’est dans le langage que nous habitons ! Ce langage est notre lien avec tout être. Il est notre possibilité et notre tentative de parler à travers nous de ce monde qui parait infini et trop vaste pour le contourner d’un seul geste. Or le langage est aussi un acte d’écoute ! On ne peut pas parler sans écouter. Entre l’écoute et le langage, se tisse le sens de notre comprendre qui n’est qu’un acte de violence, trop risqué, puisqu’il porte avec lui la possibilité de l’errements. Il faut donc savoir écouter, et savoir adresser son langage, pour ne pas faire dériver et confondre ce qui résulte de notre écoute et de notre langage. Il faut tout simplement avoir l’art d’écouter et donc de parler. Il faut apprendre cet art ! C’est seulement de cette façon, que l’homme berger de l’être saura bien garder l’être. Peut être de cette façon, l’homme saura éviter l’excès de sa violence produisant notre face mortelle : La technique !

La fin de la philosophie est donc la fin d’une pensée qui a schématisé le chemin de la pensée, et l’a rendu fade et insignifiant, qui l’a rendu une route ! C’est aussi la fin d’une pensée qui a oublié son rôle d’écouter la voix de l’être, l’ayant réduit au simple exercice d’architecture, de science. En revanche, c’est une pensée vigilante, consciente de son rapport violent avec la métaphysique. La fin de la métaphysique est la fin d’une pensée inconsciente de son statut égaré et éloigné de l’être, inconsciente de la confusion qu’elle fait entre être, étant et Dasein. La fin de la métaphysique est la fin d’une pensée qui n’a pas su ce que veulent dire les chemins qui ne mènent nulle part « Holzwege ». Et par là, elle a réduit la pensée à la science et la technique, et maintenant, elle en souffre ! Consciente de cela, la pensée ne se permet plus cet éloignement, elle appelle à repenser notre destin à partir de sa remise en question de notre chemin, en questionnant l’être des choses, non pas pour trouver le secret ultime, ou les causes finales de notre existence, car il n y a pas de secrets originels, mais pour refonder notre rapport avec l’être.

TRIBAK AHMED

1- Heidegger M. : " Chemins qui ne mènent nulle part " Gallimard, idées.

7.12.08

Foucault et Marx: Le pouvoir


On a pour longtemps confondu entre le pouvoir et l’état, cette confusion a cessé de tromper la pensée, depuis que Michel Foucault a pris le soin d’analyser ce concept avec beaucoup de prudence ; à ce propos, il disait que la lutte contre le pouvoir est une lutte qui consiste à le démontrer et l’analyser là ou il est invisible et caché. - Il est question ici, de répondre à cette question : Qu’est ce que c’est que le pouvoir ?
Le pouvoir est donc resté pour longtemps une énigme entourée de mal compréhension et d’ambiguïté ; Or comprendre ce que c’est que le pouvoir, emmène à l’élaboration d’un nouvel humanisme. C’est que la relation entre les gens est une relation de conflit interminable, et ce conflit se passe précisément dans le domaine et au cœur du pouvoir. C’est pourquoi on s’est souvent intéressé à cette question épineuse, depuis l’apparition de ce phénomène dangereux et douteux qu’est l’état. Et pourtant, ce concept n’a pas été bien soulevé au niveau philosophique, ni chez les grecs, ni dans la pensée du moyen âge.
Je pense que Montesquieu était le premier à donner les premiers fondements d’une théorie de pouvoir, c’est qu’il était le premier à définir clairement les trois niveaux du pouvoir, ce qui a rendu possible d’organiser la relation des citoyens avec l’état. C’est un grand événement qui concerne l’homme de façon directe, puisqu’il a montré que cette relation ne doit plus rester dans le statut de l’arbitraire qui a marqué le despotisme des siècles moyenâgeux, où l’état était un outil d’investissement et d’oppression des gens. Cet événement est donc en rapport direct avec les conditions de vie des gens et en rapport aussi avec l’humanisme.
Cela ne veut pas dire que les conditions de l’homme se sont améliorées depuis cette séparation des pouvoirs chez Montesquieu, mais cela veut dire tout de même que la question des rapports des hommes est devenue un objet de réflexion, ce qui est un pas considérable ; On est plus dans l’esprit du moyen âge, mais plutôt, dans une nouvelle époque : Le modernisme !
Montesquieu n’était ni un idéologue, ni un prêcheur d’une certaine morale salutaire, il était plutôt un rationaliste moderniste qui a voulu fonder un rapport raisonnable et rationnel entre les gouvernés et ceux qui les gouvernent, au lieu de laisser ce rapport traîner dans le flou et l’arbitraire ; son souci s’inscrit donc, dans l’esprit de l’époque moderne où tout était à refaire, devant l’évolution de l’Europe à tous les niveaux : économique, scientifique, politique, industriel, philosophique, moral … etc. Pour lui, il était temps de penser et formaliser ce rapport entre citoyens et gérants d’états.
De là, est venue cette idée de séparation des pouvoirs entre l’exécutif : l’exercice des pratiques et des interventions administratives ; le législatif : la formulation des lois ; et le judiciaire : les contraintes aux respects des lois. De cette façon, il n y aura plus, selon lui, de possibilité à l’arbitraire, cela assure un fonctionnement rationnel de la pratique de l’état, et donc, assure sa stabilité.
Il a donc cru qu’en opposant ces trois sortes de pouvoirs, la stabilité sera un bien de toute la société. Mais ce qui reste échappé là dans cette théorie, c’est la nature elle-même du pouvoir. Il n’a pas répondu ce que c’est que le pouvoir, mais l’a organisé ; cette question est restée dans l’impensé. Cela explique les différentes tendances d’insurrection, de révolution et de violence qui ont marqué les 17ème et 18ème siècles, y compris la révolution Française qui a tout mis en question.
Le marxisme était l’une des philosophies qui ont voulu aller plus que l’esprit des lois, il a proposé non pas de produire une théorie du pouvoir, mais un projet de changement socio politique. Il s’est présenté comme un mouvement de libération, en réplique aux conditions humaines connues en ces siècles de changements et de troubles. Le marxisme a voulu proposer et imposer un modèle de pratique politique et de l’exercice du pouvoir à partir de la notion de classe et de l’histoire étant un fait matériel.
Les rapports sociaux sont selon le marxisme un fait de classe, un fait matériel ; la société est un ensemble de classes partagées et divisées selon leurs positions dans les rapports de production. L’histoire lui-même est un processus de luttes de classes, c'est-à-dire, que l’histoire est régie par cette lutte de classes. En analysant donc ces processus historiques, économiques, politiques et idéologiques, on pourra comprendre tous les parcours que l’humanité a passés, ainsi que les formes de rapport de production, pour arriver à ce qu’il faut faire dans le présent.
Le concept de classe est la clé de voûte, dans le marxisme, pour comprendre ce que c’est que le pouvoir, dans le domaine des rapports sociaux, et de la nature de l’état. Ces rapports sont le produit de la division de la société en classes opposées les unes contre les autres. Donc, l’état bourgeois est le produit du capitalisme qui est la formation de l’époque. Il est par conséquent, selon le marxisme, un outil d’oppression, d’exploitation et de répression entre les mains d’une classe qui en use contre les autres ; le fondement de l’état est donc la classe sociale.
La classe sociale se définit à partir de deux niveaux : Le niveau des structures sociales, et le niveau des rapports sociaux. La classe est le produit de l’ensemble des structures sociales et ses rapports entre elles. Cela veut dire, qu’il ne suffit pas d’analyser les classes à partir seulement de ses rapports économiques ; il faut prendre en considération tous les autres niveaux dans leurs rapports réciproques. Les classes sociales sont des pratiques sociales contradictoires qui constituent le champ des luttes de classes ; le concept de classes sociales ne se limite pas aux niveaux structurels, mais plus encore, au niveau des rapports sociaux qui sont des pratiques sociales. C’est pourquoi, les rapports de luttes entre les classes et leurs existences, sont des reflets de la nature des relations entre les structures et les formes que prennent leurs contradictions dans le champ des rapports sociaux : Ces rapports, sont elles, qui définissent, à tous les niveaux, la forme fondamentale entre les classes et leurs rapports d’oppression et d’hégémonie.
Mais puisque le niveau économique ne détermine pas tout seul les classes sociales, son rôle est tout de même décisif dans tout mode de production, c’est lui qui le domine et le régi. C’est lui qui enfin de compte définit ceux qui dominent dans tout mode de production. Marx et les marxistes considèrent que le pouvoir et ses rapports ont un domaine qui est celui de la lutte de classes, c’est que le champ de la pratique de classe est le champ où naît et se forme le concept du pouvoir.
Le pouvoir chez le marxisme n’englobe que le domaine des rapports sociaux avec les interactions des niveaux économiques, politiques et idéologiques, et comme chacun de ces niveaux à sa propre autonomie relative, c’est que chacun d’eux a son propre pouvoir. De là, on peut parler de pouvoir politique, de pouvoir économique et de pouvoir idéologique. Mais cela ne veut pas dire que ces pouvoirs ont des autonomies totales, mais cela veut dire, qu’ils terminent tous dans le champ de l’appareil d’état, car c’est vers cet appareil que tendent et se rassemblent ces pouvoirs ; or cet appareil est entre les mains et dans la possession d’une seule classe qui le gère selon ses intérêts économiques, politiques et idéologiques.
Et le fait que la fonction de l’état a plusieurs formes : économiques, politiques et idéologiques, par ses rapports avec tous les niveaux, alors, elle joue un rôle global ; or ce rôle est politique, qui est en liaison étroit avec l’état. C’est pour cette raison que le rôle politique de l’état lié avec la lutte politique des classes, définit enfin de compte les fonctions économiques, techniques et idéologiques, en tant que rôle total et global de l’état.
L’état est donc lié à la domination de la classe politique régnante, sans que cela ne signifie que l’état a plusieurs rôles se rapportant chacun à un certain domaine défini ; mais plutôt sa fonction et la même dans tous les domaines, qui vise à maintenir la cohérence politique de l’état dominante. Le concept de pouvoir dans le marxisme ne peut pas être isolé de la classe et le niveau social.
Mais malgré l’importance du domaine politique, la lutte des classes dans le marxisme ne peut être globale que si elle tourne autour de ce qui est essentiel dans ce domaine et qui est l’appareil de l’état ; il y a donc une différence entre le pouvoir de l’état et son appareil, de façon à ce que le pouvoir de l’état soit essentiellement entre les mains de la classe régnante dans la production, alors que l’appareil de l’état est l’outil avec lequel une classe pratique son pouvoir.
L’appareil de l’état est donc le noyau de la lutte des classes et de la lutte politique ; c’est lui le moteur de la lutte des classes et son but final, parce que la possession de l’appareil de l’état entraîne automatiquement la possession du pouvoir de l’état qui est la fin de toute lutte de classe. Ce pouvoir est donc entre les mains d’une classe, et lorsqu’on parle de pouvoir de l’état on signifie le pouvoir d’une classe, dont les intérêts se croisent, sur les autres classes sociales. Les rapports de classes dans tous les niveaux de pratiques sont des rapports de pouvoir.
Le pouvoir est la capacité d’une classe à réaliser ses intérêts politiques, économiques et idéologiques ; un groupe ne peut pas être défini comme classe s’il n’a pas d’intérêts commun qui l’aident à jouer son rôle de classe bien organisé et déterminé sur tous les niveaux ; la classe est donc liée avec l’intérêt, et là où il y a des intérêts commun, il y a une classe qui les représente. Le pouvoir se trouve dans tous les différents niveaux de pratique du moment qu’il y a des intérêts économiques, politiques et idéologiques.
La classe sociale et le pouvoir, dans le marxisme, sont liés aux intérêts de classe. Car le pouvoir se base sur les pratiques de classe et leurs rapports, de là, se définit le pouvoir par un mode de rapport social caractérisé par la lutte. Et puisque le pouvoir est lié aux intérêts et aux classes définies par leurs intérêts, alors, la lutte est le fondement du pouvoir et son indicateur ; de là, le rôle du prolétariat comme classe est de faire sa lutte contre la classe bourgeoise. La notion de la masse gouvernante est aussi un des concepts du marxisme, il signifie le groupe qui appartient au pouvoir ou qui soutient le pouvoir directement ou indirectement, sans que ce groupe ne soit d’une seule et même classe. Ce concept montre précisément la forme du rationalisme dans les sociétés occidentales.
Le marxisme a proposé une analyse de la répartition des classes : la classe gouvernante qui est celle qui prend en main la domination politique ; la classe régnante qui est celle qui domine l’économie ; la classe possédant le pouvoir qui est celle qui occupe et maîtrise le pouvoir, et puis la classe gérante qui est celle qui occupe et possède l’outil de l’état ; ce groupe de classe est bien lui qui forme le pouvoir. Il y a aussi les classes alliées aux classes possédant le pouvoir à travers leur possession de l’état, et puis il y a les classes qui soutiennent les classes possédant l’état, par l’illusion idéologique et sans en tirer profit. Dans l’autre camp, il y a les classes dominées et exploitées. Cependant une classe peut jouer plusieurs rôles, ce qui est un statut complexe, et c’est ce qui explique l’importance des intérêts dans ces rapports de classes et qui fait son impact sur les relations politiques.
Le pouvoir est donc une pratique légitime soutenue par la force : économique, politique, idéologique. La classe dominante exerce son pouvoir sous le titre de la loi et de la légitimité ; de là, on arrive aux conclusions suivantes :
1- le pouvoir est lié à l’intérêt politique.
2- Le pouvoir se limite dans les appareils de l’état et ses institutions, l’état est donc le pouvoir.
3- On ne peut pas parler de pouvoir en dehors des relations sociales des classes et qui est un reflet des structures sociales.
4- Le pouvoir est donc une propriété d’une classe.
Mais là, on se pose les questions suivantes : s’agit-il d’une lecture de l’évolution économique des sociétés où l’infrastructure est la cause de la superstructure et sa raison unique ? Où s’agit-il d’une histoire de la lutte des classes comme étant la référence des rapports de production et de ses conditions historiques d’action politique ? Où s’agit-il de la volonté où il est question de l’action et de l’efficacité ?
En général, c’est là, la vision marxiste du pouvoir qui s’est constituée à partir de Marx et des marxistes. Puisque le marxisme a évolué dans beaucoup de contexte bien différent : La Russie, la Chine et d’autres. En fait, le marxisme voyait qu’il faut toujours partir de l’analyse concrète de la réalité concrète, de là la nécessité d’adapter le marxisme aux différents contextes, comme ce fût le cas chez Lénine, Mao Tsé Tung. Or cette différence est allée jusqu’à la contradiction entre les différentes théories et pratiques marxistes.
Le marxisme définit en général le champ du pouvoir dans les pratiques sociales et l’assigne dans l’appareil de l’état qui garantit les intérêts des classes dominantes par l’idéologie et la violence. Selon Michel Foucault, cette vision prend sa base dans le discours juridique qui se caractérise par les abstractions et les spéculations sur ce que c’est que l’appareil de l’état, c’est pour cette raison qu’elle set restée inefficace et restreinte, elle n’a pas pu connaître le sens minutieux du pouvoir et les éléments qui le gèrent.
En réalité, l’analyse du pouvoir et de sa nature ne doit pas partir de la souveraineté de l’état comme évidence, ni des formes juridiques, ni de l’unité globale de l’hégémonie générale d’une telle domination, car ces postulats ne sont que les formes terminales d’un pouvoir.
Ayant compris cette difficulté, Louis Althusser a essayé d’éviter cela en définissant le déroulement du pouvoir comme un système complexe, comprenant plusieurs institutions comme la police, le corps militaire, l’administration, les tribunaux, les prisons, mais aussi les appareils de l’état comme l’enseignement, l’information, la religion, l’éducation, la loi, l’action syndicaliste ; en faisant une simple différence entre les deux formes d’institutions. La première agit pour défendre le système politique et l’exploitation des classes. La deuxième consiste à reproduire le même mode de rapport dominant ; mais le pouvoir reste quand même cette chose qui fait l’objet pour lequel les classes font la lutte.
Althusser a essayé par là, de mettre la théorie marxiste sur le pouvoir dans un cadre adapté à la nature de la pensée occidentale, pour l’éloigner de la mauvaise image donnée par l’expérience soviétique, alors que les horreurs de Staline n’étaient pas du tout tolérées par la raison Européenne, cette raison qui se situe entre l’exagération du model soviétique et la modération du model libéral. Althusser voulait donner un autre visage du marxisme comme théorie de libération de l’homme, avant que ce marxisme ne s’effondre ; mais il a gardé le même concept sur le pouvoir comme étant lui-même l’état : Le pouvoir c’est l’état. Et quand on parle de l’état on signifie également le pouvoir et rien d’autres.
Pour Althusser, il faut garder l’aspect révolutionnaire du marxisme, concernant le Tout social qui est différent du Tout hégélien, c’est là les propos du matérialisme historique ; Marx conçoit la structure de toute société comme étant formée de plusieurs niveaux qui se manifestent en infrastructure ou en fondement économique ( l’unité des forces productives et les rapports de productions) et la superstructure qui comprend deux niveaux : le niveau juridico-politique et le niveau idéologique, tels que religion, morale, et politique.
Nous sommes donc dans la littérature marxiste où les éléments de base sont la superstructure et l’infrastructure, et lorsque Althusser parle de conception révolutionnaire, il s’éloigne totalement de la notion de résistance comme le propose Foucault ; en fait, entre la notion de révolution et la notion de résistance, s’impose la différence radicale entre la notion de pouvoir de Marx et celle de Foucault, chez le premier le pouvoir c’est l’état, chez le second, il est plus vaste et plus ample, où l’état n’en est que l’outil apparent ; l’état n’est qu’un point dans le champ du pouvoir.
Pour Althusser, sa conception permet d’adapter la preuve de l’efficacité cohérente dans son dispositif théorique et conceptuel, il en vient à deux remarques : Il y a une relative indépendance de la superstructure dans sa relation avec sa base ; et il y a aussi un impacte de cette superstructure sur sa base. Mais cette constatation chez lui reste descriptive et métaphorique, car, il s’agit d’un rapport formel avec la production, et c’est sur cette base, qu’Althusser analyse l’état et ce qu’il considère lié à lui.
Depuis le manifeste du parti communiste de Marx, et l’état et la révolution de Lénine, l’état est la répression, il est une machine de répression entre les mains des classes dominantes qui leur permet de contrôler et de maîtriser tout. L’état est un appareil, et cela veut dire qu’il est une nécessité à partir de la pratique judiciaire : La police, la justice, les prisons et les forces militaires qui interviennent comme forces répressives appartenant au chef de l’état, du gouvernement ou de l’administration, et c’est exactement ce que Foucault refuse.
Althusser voit que la théorie de l’état dans le marxisme léninisme a mis la main sur l’essentiel : L’appareil de l’état comme force exécutive et répressive au profit de la classe dominante dans sa lutte contre son opposée qui est la classe prolétaire. Althusser définit donc l’état par l’état, c'est-à-dire qu’il en fait une tautologie, en confondant entre l’état et le pouvoir.
Althusser voit que l’état et ses appareils n’ont de sens que dans la mesure où ils sont le pouvoir d’état, il est donc une propriété qu’on doit garder avec soin. Il faut cependant faire la différence entre le pouvoir de l’état qui est la cible de toute lutte de classe, et l’appareil d’état. De là, l’état est le pouvoir lui-même, qu’il faut bien garder et maintenir pour l’utiliser dans la lutte.
Selon le marxisme : 1- L’état est l’appareil répressif de l’état. 2- Il faut faire la différence entre le pouvoir de l’état et l’appareil de l’état. 3- Le but de la lutte des classes est dirigé vers le pouvoir de l’état et donc la possession du pouvoir de l’état et de l’appareil de l’état. 4- Le prolétariat doit prendre par le pouvoir de l’état pour détruire l’appareil de l’état bourgeois, en vue de détruire l’état lui-même à travers l’état communiste prolétaire. La destruction de l’état est le but final pour la libération de l’homme, après l’état prolétaire qui détruira l’appareil de l’état quant il aura fondé le communisme, c’est le but sublime du communisme conçu par Marx !
Althusser a fait de son mieux pour rénover ou de mieux montrer la conception marxiste, en essayant de faire des distinctions entre le niveau idéologique, avec sa relative autonomie, et le niveau matériel ; il a fait une démonstration méticuleuse sur le rôle des institutions idéologiques par rapport à d’autres institutions dont le rôle est la force. Mais il n’a pas pu quitter la confusion faite dans le marxisme concernant l’état et le pouvoir ; et cette confusion n’est pas un simple hasard ou accident d’interprétation, mais il est bien élaboré pour justifier la force et la violence que doit pratiquer la révolution prolétaire pour détruire l’état bourgeois. Pour que la classe prolétaire réalise son pouvoir, elle doit faire la révolution contre l’état bourgeois, en vue de lui confisquer ce pouvoir en lui confisquant l’état ; c’est pour cette raison que le marxisme parle et prêche la révolution qui exige la violence totale et globale, voire universelle.
Mais ce que Althusser, et les marxistes en général, n’ont pas remarqué, c’est le monde microphysique du pouvoir. Cela explique les horreurs arrivées et faites dans le model soviétique. Ces visions et ces pratiques, sont restées loin de comprendre la nature du pouvoir, ses relations, ses mécanismes et ses techniques. Le pouvoir n’est pas une chose qu’on peut obtenir ou posséder, il n’est pas une chose qu’on peut confisquer et distribuer, il n’est pas une chose qu’on peut conserver et garder, ou laisser échapper ; le pouvoir s’exerce à partir d’un ensemble illimité et indéterminé de points, et ce dans un jeu de relation toujours ambiante et inégale.
Le pouvoir vient d’en bas, cela veut dire, qu’il n y a pas de dualisme qui met dans un camp les gouvernés et dans l’autre camp les gouvernants. Ce dualisme se reflète à partir d’en haut vers l’en bas, et se généralise de plus en plus dans tout le corps social. Le marxisme considère l’hégémonie comme essence du pouvoir, cela suppose l’existence immanente de la répression et de la soumission. Mais cela suppose finalement le partage de la société selon une dualité métaphysique, d’un coté le gouvernant de l’autre le gouverné, d’un coté ceux qui ont en main le pouvoir, et ceux qui subissent les effets de ce pouvoir. Le pouvoir selon cette conception, est la domination dont le rôle est d’interdire, d’ordonner tout en imposant la soumission ; le pouvoir est finalement la répression qui est l’impôt de la loi, et celle-ci impose la soumission. La violence et la loi sont les moyens qu’utilise le pouvoir pour assurer son effet. Le pouvoir est une contrainte et une négation, une fonction dont le résultat est le refus systématique de la vérité, et l’empêchement de la production du savoir.
Ces pratiques du pouvoir s’accroissent parce que le pouvoir craint la vérité qu’il doit cacher, de là, le marxisme trouve que la vérité et le pouvoir sont contradictoires, et c’est la raison pour laquelle il faut lutter pour faire entendre la voix de la vérité qui est un défi au pouvoir répressif. La vérité est donc un contre pouvoir ; mais la vérité elle-même n’est pas sans pouvoir, elle est pour ça au service de la bonne conscience et de l’intérêt général. Le pouvoir n’est qu’un champ de production de la violence, de la répression et des lois régnantes ; il est une force qui détermine les limites qu’il ne faut pas dépasser, une force qui réprime toute déviation et toute violation de la loi ; en échange, la vérité serait une tendance pour la clarté, la production du savoir et le défi du pouvoir, il est la voie vers le bonheur et la libération.
Selon cette vision, la société vit à la merci du dualisme gouvernant/gouverné : Le pouvoir légal et les corps dociles, la société vit à la merci du pouvoir exclusif de l’état qui est un rassemblement de classes dominantes résultant des rapports sociaux politiques et idéologiques.
Pour Foucault, c’est le contraire même : Le pouvoir ne se localise pas dans un seul champ qui lui serait son siège, il n y a pas qu’un seul, mais plutôt des pouvoirs, à la fois pluriels, dispersés, différents et producteur de plusieurs rapports, et de ce fait, ils n’ont pas de centre qui le possèderait ou le gérait selon leurs propre volontés ; le pouvoir est un rapport de conflit et non pas une propriété, il se trouve partout, et il est un acte pratiqué à partir de plusieurs différenciations ambiantes. Les rapports de pouvoir ne se trouvent pas dans une structure supérieur, et leurs rôles ne se limitent pas à l’interdiction, au contraire, ils ont là où ils s’activent un rôle extrêmement créatif, en plus, ils se pratiquent à partir d’un ensemble infini de points et dans une relation variante et inégale. Mais Foucault n’exclue pas l’aspect d’hégémonie du pouvoir, cette hégémonie existe bien ainsi que la classe, la bourgeoisie n’aurait pas pu apparaître comme classe dominante, si elle n’était pas constituée comme classe ayant ses propre caractères.
La classe bourgeoise a passé plusieurs périodes qui l’ont qualifiée d’être une classe, dans ces périodes elle a pu maintenir un contrôle général et minutieux sur elle-même à partir des questions de la sexualité, de la santé et de la vie … etc. Mais l’hégémonie ne veut pas dire que cette classe possède a elle seule le pouvoir. Foucault a voulu montrer que le pouvoir s’exerce sur les gouvernés comme sur les gouvernants : L’hégémonie n’est pas l’essence du pouvoir. Personne ne se trouve en dehors des rapports de pouvoir, sans que cela ne signifie qu’il y a un dedans et dehors du pouvoir, et sans que cela ne signifie que le pouvoir est au-dessus de toute la société, mais plutôt, qu’il est propagé dans toute la structure sociale, et même dans ses lieux les plus marginaux, et dans toutes les opérations sociales les plus fines des échanges sociales. Le pouvoir s’exerce dans des systèmes divers : Les rapports sexuels, les rapports familiaux et les rapports scolaires.
On ne peut pas parler de pouvoir unique à la possession d’une classe, parce qu’il naît dans l’architecture sociale sous formes de réseaux très riches et complexes, et qui ne cesse de muter d’un point à l’autre. Et pourtant là où il se trouve, la résistance se trouve avec lui comme ses cotés les plus dynamiques. Le pouvoir et la résistance sont deux choses indisparates, chacun d’eux fait face à l’autre dans ce rapport infini.
Mais cette résistance n’a pas pour but de détruire le pouvoir, mais elle est sa contrepartie dans le champ stratégique des rapports de forces. Or les rapports de pouvoir ne se trouvent pas en dehors d’autres formes de rapport : économiques, scientifiques et sexuels ; mais ils lui sont immanents, ils sont les résultats directs qui se produisent des inégalités et des dysfonctionnements qui arrivent au sein de ces rapports, ils sont les conditions intérieurs de ces différenciations.
Le marxisme ne s’est pas présenté seulement comme théorie du pouvoir, mais comme projet de libération ; Marx comme grand critique de la pensée Allemande, surtout critique de Feuerbach et Hegel, a trouvé qu’il ne suffit pas d’interpréter le monde, mais de le changer. La praxis a pris sa place essentielle dans le marxisme, c’est pourquoi les œuvres de Marx étaient soit une critique de la pensée Allemande (L’idéologie Allemande), soit une installation de l’outil révolutionnaire (Le manifeste du parti communiste).
On peut avancer ici quelques remarques à ce propos :
1- La classe n’est pas un concept stationnaire comme l’a cru Marx. Elle existe bien, mais elle n’est pas le moteur de l’histoire, or ce qui fait bouger l’histoire, ce sont les hommes comme individus ou comme groupe. 2- Il en résulte que le marxisme fait disparaître l’individu au profit de la classe. 3- L’individu ou les individus sont gouvernés par les désires et ses dynamismes, et cela compte beaucoup dans la notion de la libération de l’homme, c’est aussi le trou qui explique l’échec du communisme comme projet libérateur. 4- Le marxisme néglige la dynamique de l’individu et son être, c’est pour ça qu’il a échoué comme projet de libération de l’homme, au contraire, il a abouti à une aliénation de l’individu dans le groupe et dans l’état, il est devenu par conséquent plus docile et plus soumis. 5- Le marxisme, en vénérant les intellectuels dirigeants, confisque d’emblée son projet libérateur. 6- Le marxisme a parlé d’un transfert du conflit entre les hommes à un conflit entre les hommes et la nature ; il nous a mis là, devant un projet utopique qui aboutit à autre chose que le communisme, c’est pourquoi l’humanisme marxiste a échoué, au contraire, cela a permit une forme plus violente et plus nuisible à l’homme : Le modèle soviétique !
Je pense que Michel Foucault a repris d’une façon radicale, la question du pouvoir : Le monde du pouvoir est un monde microphysique. Le pouvoir n’est pas une idéologie, mais plutôt un producteur de savoir, avec lequel il renforce ses stratégies, sans ce savoir, le pouvoir ne pourra pas continuer. Foucault renverse les choses : Les institutions sont des formes apparentes du pouvoir, il faut donc aller encore plus loin pour analyser le pouvoir, il faut dénicher la présence du pouvoir et ses techniques là où il est le moins visible ! Comprendre le pouvoir est un acte interminable, vigilant et prudent, au lieu de se contenter de l’explication simpliste du marxisme.
Foucault a donc présenté une lecture plus radicale, plus minutieuse et plus flexible du pouvoir. Il a eu le courage de poser et de répondre aux questions suivantes : Qu’est ce que le pouvoir ? Comment se fonde-t-il ? Comment se définit-il ? Où peut-on chercher ses traces ? ET quelle est la nature de son intelligibilité ? Qu’est ce qui justifie ses proliférations et ses manifestations multiples à travers et dans le corps social ? Dans ses recherches, Foucault a découvert ce corps étendu et propagé comme le loyer d’une araignée, qui tire vers lui toutes les dimensions existentielles de l’homme, l’assimilant avec violence jusqu’à ce qu’il se transforme en contre force ! Y compris contre lui-même !
TRIBAK AHMED

1- Foucault M. : « Les intellectuels et le pouvoir » Entretien avec Gilles Deleuze, in Dits et Écrits, n° 106.
2-Foucault M. : « La volonté de savoir » Gallimard, 1976.
3- Althusser L. : « Positions » Éditions Sociales, Paris, 1976. p.74.